Au Cameroun, NetZero stocke le carbone… pour le profit

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Trois entrepreneurs font revivre la technique ancestrale de fabrication du biochar, qui servait à capter le CO2 et à fertiliser les terres agricoles côtières tropicales.

Nkongsamba est situé dans un environnement aux couleurs vertes et ocres. A environ 150 km au nord de Douala, la ville est située au pied des monts Manengouba, en bordure de la région du Littoral. Si, au milieu des années 1980, le pays opulent connaît ses heures de gloire lorsque le réalisateur britannique Hugh Hudson choisit d’y planter le décor de son film Greystoke, la légende de Tarzanproche des lacs de cratère et de la cascade d’Ekom Nkam, c’est principalement à travers son économie que la ville s’illustre.

Le tourisme, principalement avec les voyageurs itinérants attirés par les nombreuses excursions proposées par les agences de voyages de Douala dans la région. Mais surtout l’agriculture, base de l’activité de Nkongsamba. La production et la commercialisation du café marquent également son identité, ainsi que celles des villages environnants comme Bangwa ou Kekem.

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Aujourd’hui, trois entrepreneurs veulent insuffler un nouveau souffle à l’économie locale grâce au biochar. En janvier 2021 est lancée NetZero, une start-up co-fondée par Aimé Njiakin, un entrepreneur camerounais, et deux Français, Axel Reinaud, ancien cabinet du Boston Consulting Group, et Jean Jouzel, climatologue et ancien vice-président du GIEC. (le Groupe d’experts intergouvernementaux sur le changement climatique). L’objectif : le développement du biochar, contraction de « bio » et « charcoal », charbon de bois en anglais, et qui consiste en une poudre de charbon de bois obtenue par pyrolyse de déchets verts. Au regard de ses bénéfices, le biochar permet à la fois de séquestrer le carbone (CO2 dans l’atmosphère) et de fertiliser les sols acides des zones tropicales.

Mangroves, plantations, puits de carbone…

Le trio propose donc de s’attaquer à deux problèmes majeurs et d’en tirer profit. Changement climatique et agriculture durable et résiliente. En effet, la taxe carbone qui a été lancée dans le cadre des Accords de Paris – mais n’a pas encore été décidée – et qui stipule notamment que les entreprises qui polluent le plus la planète devront « compenser » leurs émissions, leur offre une ouverture. Autrement dit, payez. Et ce pour rester en phase avec les accords climatiques, diviser par deux les émissions mondiales (50 milliards de tonnes) de carbone d’ici 2030 et atteindre une empreinte carbone nulle d’ici 2050.

« On s’est demandé comment on pouvait réduire cet excès de CO2 dans l’atmosphère ? », confie Axel Reinaud, l’ancien associé du BCG à Paris, qui embrasse désormais la cause du climat. L’enfermer semble être une réponse concrète immédiate. Mangroves, plantations d’arbres, puits de carbone (voir encadré)… Les solutions existent, dispersées dans le monde entier. « Nous avons misé sur le biochar », dit-il.

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Ainsi, la jeune entreprise, dont le siège est à Paris, inaugurera le 1er mars le premier site de production industrielle de biocharbon d’Afrique. Si le projet et la méthode de production sont nouveaux sur le continent, l’idée fait revivre une technique ancestrale utilisée par les Amérindiens en Amazonie il y a plus de 6 000 ans pour fertiliser leurs cultures. « La pyrolyse des matières premières agricoles nous permet de produire très rapidement de très grandes quantités de biochar », explique le PDG de NetZero, qui ne voit que des avantages à cette substance, bien qu’il y ait des réticences en termes de coûts de production (notamment en Europe) et de son bilan énergétique.

50% des revenus des crédits carbone

L’initiative de ces entrepreneurs aux profils atypiques est soutenue par Yaoundé. Un coup de pouce qui devrait donner à NetZero toutes les chances de prospérer rapidement. Le Cameroun, par la voix de son ministre de l’Environnement, Pierre Hélé, a fortement soutenu le projet franco-camerounais lors de la dernière conférence internationale sur le climat à Glasgow en novembre. « L’Etat camerounais envisage de lancer un plan d’envergure en faveur du biochar », précise Axel Reinaud.

Ainsi, au beau milieu d’un hangar ouvert aux quatre vents, à quelque 1 000 mètres carrés de l’usine de transformation de café d’Aimé Njiakin à Nkongsamba, se dresse désormais un imposant réacteur de pyrolyse verte, estampillé NetZero. Vous imaginez l’odeur âcre des déchets organiques qui y sont entreposés, mêlée à l’haleine un peu empreinte de charbons emportés par le vent. Le quotidien de l’usine doit changer rapidement car les 7 000 tonnes de déchets agricoles prévus (principalement du café) doivent être transformés. En bout de chaîne, la production de biochar par pyrolyse permet, en plus de produire un engrais commercialisable, de fabriquer du biocarburant, qui devrait à terme répondre aux besoins de la plante, et enfin de monétiser la séquestration du carbone avec les entreprises qui ont une empreinte environnementale catastrophique.

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Les fondateurs de NetZero, un peu optimistes, estiment un prix du CO2 autour de 100-300 euros par tonne de CO2 éliminée en 2030. Ils prévoient par exemple qu’à terme 50% du chiffre d’affaires de leur entreprise sera constitué de revenus de crédits carbone et 50% du biochar et du carburant créés. Si ces prédictions sont correctes, alors la rentabilité est juste au coin de la rue.

Ces autres initiatives africaines visant à capter le carbone

Lors de la dernière conférence internationale sur le climat (COP26) à Glasgow en Ecosse, deux autres projets africains ont tenté de faire entendre leur voix. Celui de la Grande Muraille verte, un éléphant blanc, relancé par le président français Emmanuel Macron lors du One Planet Summit en février 2021, avec une enveloppe de plus de 14 milliards de dollars, décidée par les acteurs du sommet pour faciliter sa réalisation accélérée. Initiative phare de l’Union Africaine pour lutter contre les effets du changement climatique et de la désertification en Afrique, la GMV vise à changer la vie de millions de personnes en créant une mosaïque d’écosystèmes verts et productifs en Afrique du Nord, au Sahel et dans la Corne de l’Afrique . L’autre initiative qui s’est fait connaître du grand public et des investisseurs, la Forêt du Bassin du Congo. En tant que plus grand réservoir de carbone au monde, il est vital dans la lutte contre le changement climatique. A Glasgow, Ali Bongo, Félix Tshisekedi et Denis Sassou Nguesso ont appelé à la solidarité pour prendre les mesures nécessaires pour le protéger.

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Source :
Jeune Afrique

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