Cameroun : « Le jour où Marc-Vivien Foé est mort en campagne », par Roger Milla

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On approchait de la fin du match et on menait un but à zéro. Le Cameroun se préparait à atteindre la finale de la Coupe des Confédérations, l’occasion était brillante. Il restait moins de vingt minutes face à la Colombie. En tant que membre de la délégation, j’étais bien sûr présent, assis sur la tribune. J’ai été placé à côté d’un ministre camerounais qui avait également fait le déplacement et dont j’ai oublié le nom. Ce sont des souvenirs lointains et douloureux. Quand j’en parle, les larmes me montent aux yeux.

Inimaginable

Quand j’ai vu tomber Marc-Vivien Foé, j’ai tout de suite pensé à une blessure. Il venait d’un duel avec un joueur colombien, je moi J’ai dit que la confrontation avait été un peu physique et qu’il s’était fait mal. Ou que c’était une attaque de fatigue – c’était la fin du match après tout. À l’époque, il était impensable que cela puisse être quelque chose de grave. Marc-Vivien Foé était si jeune…

Mais il est resté au sol. Je ne sais pas combien de temps, mais ces moments semblaient interminables. Les gens ont commencé à se poser des questions, nous attendions tous que l’arbitre appelle l’équipe médicale. Marc-Vivien Foé ne s’est pas levé. Le ministre à mes côtés était inquiet, j’étais encore plus inquiet. J’ai commencé à me poser de sérieuses questions.

Lis

C’était très déroutant : le match était arrêté, personne ne comprenait ce qui se passait. Mais quand les médecins ont sorti Marc-Vivien Foé du terrain sur une civière et qu’on a vu son bras pendre sur le côté, j’ai su que c’était plus grave qu’on ne le pensait. J’ai informé le ministre que j’allais regarder et je suis allé au vestiaire.

comme un fils

En chemin j’ai rencontré le médecin de l’Olympique Lyonnais. Il m’a tout de suite dit que Marc-Vivien était mort, qu’on n’avait pas pu le réanimer. Ce fut un choc terrible. Pour découvrir que celui que je considérais comme un fils venait de mourir… Mais il fallait que j’y aille à voir et presque vingt ans plus tard, il est encore très difficile d’en parler.

Le médecin m’a conduit au vestiaire. Marc-Vivien Foé était à l’intérieur, seul. Il était allongé, son corps était recouvert d’un drap. C’était très difficile. Je pensais que le seigneur avait décidé qu’il fallait le faire. Et que c’était arrivé.

Lis

Sur la pelouse, le match était fini, le Cameroun avait gagné. Les joueurs ne savaient pas ce qui venait de se passer. J’ai d’abord transmis la nouvelle au ministre. Ensuite, je suis allé à l’équipe. Tout le monde cherchait des réponses, ils ne savaient pas où était Marc-Vivien Foé, ni comment il allait. Le vestiaire était très calme, tout le monde attendait des nouvelles. Quand ils m’ont vu arriver, je pense qu’ils ont tout de suite compris que ce que j’avais à leur dire était sérieux.

Ce fut un choc pour eux. Ils s’habillaient en silence, personne n’avait la force de parler. L’équipe est rentrée à l’hôtel et je suis allé à l’hôpital où Marc-Vivien avait été conduit à la morgue. Sa femme était déjà là, prévenue par les médecins.

Il fallait retourner chercher les joueurs, il n’y avait plus rien à attendre. Pour préparer la finale contre la France, l’équipe devait s’entraîner le lendemain, mais personne ne s’en souciait la faire.

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Source :
Jeune Afrique

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