Cameroun-Nigéria : de Yaoundé à Lagos, du bois et de l’argent du bois

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Nous sommes en 2008. Au Palais Etooudi, Paul Biya prépare déjà les élections présidentielles, qui lui donneront un sixième mandat trois ans plus tard. Non loin de la présidence, au ministère des forêts et de la nature, Elvis Ngolle Ngolle initie un projet d’envergure, celui de la gestion du domaine forestier camerounais. La loi régissant le secteur date de 1994. Une autre époque. Les donateurs, menés par l’Union européenne (UE), demandent une révision. Les mots « contrôle » et « transparence » sont prononcés, répétés, martelés. Alors le ministre, sur ordre du chef du gouvernement Ephraim Inoni et du président Biya, prend les choses en main, en collaboration avec le titulaire du portefeuille financier, Essimi Menye.

Une large consultation des acteurs forestiers a été lancée. Chefs d’entreprises, organisations de la société civile, chefs traditionnels et élus travaillent à une révision du texte de 1994. Ils ont plusieurs objectifs : mieux gérer l’articulation entre exploitation et conservation des forêts, impliquer davantage les populations locales dans l’économie du bois et à mieux contrôler pour provoquer l’abattage, surtout dans les petits titres forestiers qui échappent trop souvent aux yeux de l’État. « L’objectif était de combler les lacunes de la loi de 1994 qui permettait à certains acteurs d’approvisionner le commerce du bois », précise notamment un acteur de la filière. Les rencontres se succèdent au siège de Forêts et Faune, à deux pas du luxueux hôtel Hilton.

Il n’y avait pas de fumée blanche de la présidence

Une année passe, puis une autre, et une troisième… Philippe Ngole Ngwesse a remplacé Elvis Ngolle Ngolle au ministère, et Alamine Ousmane Mey a pris sa place aux Finances. Philémon Yang est désormais Premier ministre, tandis que Paul Biya a été réélu. En 2012, un projet de loi est finalement rédigé et, après relecture par des commissions d’experts, envoyé au palais d’Etooudi, en attendant l’approbation du chef de l’État. Mais le temps continue de courir inexorablement. Des virgules ajoutées, des paragraphes modifiés, des formulations améliorées… En 2018, Paul Biya s’est vu confier un septième mandat. Début 2019, Joseph Dion Ngute deviendra Premier ministre et Jules Doret Ngondo sera en charge des Forêts et de la Faune. Ephraim Inoni est désormais locataire de la prison de Kondengui, tandis qu’Essimi Menye vit en exil aux États-Unis. Le projet de loi prend la poussière.

Lis

Complicité de l’Etat ?

Source :
Jeune Afrique

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