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Cameroun : tout savoir sur le parcours atypique de Lazare Atou, le cauchemar de Ngoh Ngoh

Il y a très peu d’informations sur lui sur Internet. L’homme n’a presque pas de photo en ligne. Pourtant, Lazare Atou est un véritable « fantôme » numérique, un double magistrat qui trouble le sommeil de plusieurs personnalités du pays. Selon les révélations du magazine Jeune Afrique, tous les secrétaires généraux de Paul Biya qui l’ont côtoyé ont exprimé des regrets. Le directeur général du port autonome de Douala Cyrus Ngo’o en est la dernière victime.

« Dans sa lettre au chef du gouvernement, le SGPR a rappelé que le président Paul Biya avait demandé au ministre des Finances Louis-Paul Motaze de mettre fin « immédiatement » au mandat de liquidateur confié à Atou. Deux des prédécesseurs de Motaze, Polycarpe Abah Abah et Emmanuel Essimi Menye, se sont également cassé les dents sur la question, ainsi que plusieurs ministres du foncier et des affaires foncières. En 2007, Lazare Atou a été brièvement placé en garde à vue à la suite d’une plainte d’Abah Abah.  » précise le journal.

Mais rien ne prédestinait ce magistrat à un tel avenir. Lazare n’est pas le plus brillant de sa compagnie. Il a d’abord été « notifiant » à la commission de liquidation mise en place pour débarrasser l’Etat de ses plus gros canards boiteux. Puis, comme par hasard, il a proposé de gérer les actifs abandonnés de certaines entreprises publiques.

«Une fois le processus terminé, le garçon de courses était au chômage. Mais la question de l’héritage de ces sociétés abandonnées reste à résoudre. Atou propose alors de le surveiller et de le protéger. En tant que salarié, il dispose ainsi d’un mandat avec des pouvoirs proches de ceux d’un liquidateur », précise Jeune Afrique.

Il a donc créé un cabinet d’expertise comptable appelé Cabinet Atou, bien qu’il ne figure pas sur la liste des experts-comptables au Cameroun.
« Il a ensuite monté un cabinet comptable, bien que son nom ne figure pas sur la liste de l’Ordre national des experts-comptables et que son métier s’apparente plutôt à celui d’un exécuteur testamentaire. Il se bat devant les tribunaux pour récupérer les propriétés des sociétés concernées, que plusieurs ministres des domaines et des affaires foncières ont tenté de vendre. On le dit aujourd’hui proche du tout-puissant ministre de la Justice Laurent Esso. Quant à Louis-Paul Motaze, il se garde bien de lui marcher sur les pieds… », ajoute Jeune Afrique.

Mauvaises instructions élevées

Les Camerounais sont habitués depuis quelques années à l’expression « POUR LES ORDRES HONNÊTES DU CHEF DE L’ÉTAT » utilisée par certains responsables gouvernementaux et proches collaborateurs de Paul Biya dans leur correspondance. Selon les révélations des secrétaires d’État et des secrétaires généraux du Présidium de la République, toutes ces correspondances n’expriment pas forcément la volonté du président de la République. Le terme serait usurpé par certains membres de l’exécutif dans leur propre intérêt. Ferdinand Ngoh Ngoh a fait ces confidences à Lazare Atou, l’administrateur du cabinet de conseil Atsou, dans une lettre datée du 24 juin 2021. Le SG/PR a ainsi mis en cause une correspondance prétendument signée par le Premier ministre Dion Ngute.

« Simultanément, le 24 juin, vous m’avez fait recevoir par l’un de vos collaborateurs, à qui vous avez donné instruction de m’adresser votre correspondance ci-jointe datée de la même date, constatant le caractère authentique des Instructions Suprêmes du Chef de l’Etat, mais en conformément à nos lois et Règlements nous a été communiquée le 26 mai 2021 par un autre chef de l’Etat collaborateur, bien habilité comme vous, la même formule sacrée « A L’ORDRE TRES HAUT DU CHEF DE L’ETAT » qui figurait également dans sa correspondance ci-jointe », révèle Lazare Atou.

Les frères ennemis

Cependant, même si cela se fait de plus en plus rare, Paul Biya a instauré une nouvelle pratique qui consiste à recevoir chaque vendredi le Premier ministre Joseph Dion Ngute au Palais de l’Unité. Cette tradition, surprenant tout le monde au palais, fragilise davantage Ferdinand Ngoh Ngoh, d’autant plus que les entretiens à Biya et Ngute sont privés.

« Comme pour équilibrer le pouvoir de Ngoh Ngoh, Paul Biya s’emploie désormais à renforcer Dion Ngute. Il rencontre son premier ministre tous les vendredis après-midi. Une première à se voir accorder ce privilège par un président qui apparaît de moins en moins en public et reçoit rarement ses ministres », révèle Jeune Afrique.

Le journal souligne également que la lutte acharnée entre Ferdinand Ngoh Ngoh et Joseph Dion Ngute ne déplaît pas à Paul Biya. Il en serait aussi l’instigateur. « Comme deux caïmans dans le même dépotoir, ils s’épient, se mesurent et s’affrontent sans faire trop de vagues. Le président ne perd pas une miette de ce duel au sommet et alimente même leurs animosités en munitions. Tant que les coups qu’ils s’envoient ne dégénèrent pas en une guerre de tranchées trop bruyante, le « chef » est content. L’homme de 87 ans, conscient que sa succession est dans toutes les têtes, joue sur la bataille des égos pour contenir les ambitieux », estime Jeune Afrique.

Rf:camerounweb

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