Interview – bilan de Paul Biya: ‘J’ai eu honneur d’être collaborateur du président Ahidjo’!

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Le chef de l’Etat camerounais aurait accordé une interview au journal Le Quotidien. Dans cette longue interview de plusieurs pages, le chef de l’Etat évoque son bilan depuis son arrivée au pouvoir il y a 40 ans.

PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, QUELLE EST VOTRE VISION DU CAMEROUN AUJOURD’HUI ?

Merci pour l’opportunité que vous me donnez de m’exprimer ici et maintenant. Je pense que le moment est venu. Comme j’ai eu à le dire à plusieurs reprises, notre pays, plus que tout autre en Afrique, se révèle être un pays de diversité et de diversité socio-historique, le point de rencontre d’une variété sans précédent de forces centrifuges et antagonistes, d’une infinité de communautés sectaires, voire hostiles, vivant dans une sorte de face-à-face permanent de gardes armés campés où l’évidence de la spécificité ethno-géographique n’est que trop frappante… En conséquence, j’entends favoriser l’émergence rapide de toutes les possibilités d’interdépendance -la solidarité ethnique conduisant à une disparition progressive du sectarisme actuel au profit de chambres sociales plus intégrées devrait conduire. J’en appelle donc, sans discrimination, à toutes les forces camerounaises pour l’avènement heureux de cette société politique que nous voulons plus ouverte, tolérante et démocratique. Je suis convaincu que la construction du Cameroun moderne nécessite non seulement la participation active de tous les enfants de mon pays, mais surtout une refonte du vivre ensemble basée sur une lutte constante dans le libre débat des idées.

Pensez-vous avoir atteint ce noble objectif à ce moment crucial de votre carrière ?

C’est à vous les journalistes d’en juger. Concernant la liberté de la presse, on constate avec sympathie le nouveau dynamisme de la presse privée, dont les titres nombreux et variés se caractérisent par la libéralisation et complètent les efforts de la presse officielle. Il faut donc espérer que les professionnels de l’information pourront utiliser de manière responsable la liberté d’entreprendre et la liberté d’expression nouvellement retrouvées dans ce pluralisme bénéfique des organes de presse et les exercer au mieux de leurs capacités. , pour contribuer à l’émancipation et à l’épanouissement de l’homme camerounais. L’avènement de la télévision nationale est la concrétisation de notre quête de modernisation. Nous ne doutons pas que cela renforcera davantage les piliers de nos idéaux d’austérité et de moralité. Ma fervente conviction est qu’un citoyen bien informé est forcément mieux informé des réalités de sa communauté et de son environnement, plus conscient des grands enjeux du développement national, plus éclairé dans ses décisions, plus responsable dans son attitude et mieux à même de le faire, c’est assumer ses obligations envers la nation ; Je veux dire une information complète, objective et durable qui aiguise le jugement et favorise la formation de jugements de valeur… En sommes-nous si loin ? Quant au rappel des troupes (cerveaux, filles et fils du Cameroun) que j’ai vaincu, on peut se réjouir de l’écho positif qu’il a reçu. Comptez vous-même le nombre de partis politiques au parlement, au gouvernement et à l’extérieur. Si je ne me trompe pas, nous sommes plus de 200 partis politiques à ce jour. Je le répète : il n’est plus nécessaire de rejoindre le maquis, de vivre en exil ou de quitter sa famille pour s’exprimer. Enfin, je voudrais ajouter que nous sommes une démocratie. Nous nous efforçons de développer l’économie. Le pays est stable et nous n’avons pas que des amis. J’appelle les Camerounais à redoubler de vigilance pour protéger leur stabilité mentale, leur stabilité politique.

GLOBALEMENT, QUEL SERAIT LE MEILLEUR TITRE QUE NOUS POURRIONS ÉCRIRE SUR VOUS ? PAUL BIJA…

… Paul BIYA, l’homme qui a apporté la démocratie et la prospérité à son pays. Un sous-titre pourrait être ajouté : Cours complet sur l’émergence. C’est à vous (sourire).

QUARANTE ANS À LA TÊTE D’UN ÉTAT AUSSI COMPLEXE QUE LE CAMEROUN, SANS PANNE : QUEL EST LE SECRET DE LEUR LONGÉVITÉ ?

La liberté est le maître mot. Le peuple veut la liberté, et si vous voulez rester au pouvoir, vous devez donner la liberté aux gens. Désormais le reste est comme partout ailleurs : faites preuve d’efficacité dans le courrier pour continuer à gagner la confiance de ceux qui vous y ont porté. Au final, on ne voit pas qui veut rester au pouvoir, mais qui peut rester.

MILLE FOIS ANNONCÉES PAR VOS ADVERSAIRES, TELLEMENT DÉNIÉES PAR LES FAITS, VOS FUNÉRAILLES FONT PARTIE DE VOTRE PRÉOCCUPATION QUOTIDIENNE ?

Lorsque vous êtes complètement immergé dans votre travail, les yeux sur le guidon, ne laissez pas le paysage ou les commérages vous distraire. Je vous demande en retour : Croyez-vous aux fantômes ? …Silence total, avant de continuer, j’appris, comme tout le monde, que j’étais mort. C’est devenu récurrent. En effet, certains semblent intéressés par mes funérailles. Eh bien, dites-leur, comme je l’ai sous-entendu, si je me souviens bien, c’était le 9 juin 2004… dites-leur que je leur donnerai rendez-vous dans vingt ans. Pour ma part, je souhaite longue vie à tous mes compatriotes. C’est un vœu que je fais à chaque fois que j’en ai l’occasion, lors d’événements comme Noël, le Nouvel An, la fin du Ramadan, Pâques, la Fête du Sacrifice, etc. Bientôt je renouvellerai les coffrets. Le temps semble clément (sourire et un peu de détente). Son expérience de politicienne est presque unique au monde.

QUELLE EST VOTRE AVIS SUR LA PRATIQUE HOMME ? VOS ITEMS EN PREMIER, CHEFS D’ETAT ET AUTRES DIRIGEANTS DU MONDE ?

Il y a une règle que nous devons respecter. On ne parle pas des contemporains. Sauf que j’ai eu la grâce unique de traverser deux siècles, le 20e et le 21e. En tant qu’homme accompli et dans diverses positions sociales; soit en tant qu’élève ou étudiant, soit en tant que serviteur de l’État. Au Cameroun et à l’étranger. J’ai eu à rencontrer et même à rencontrer des souverains, des reines, des rois, des chefs d’État et bien d’autres dirigeants de ce monde, hommes et femmes, de pratiquement tous les continents. J’ai lu récemment un texte très édifiant à ce sujet du Ministre de la Communication, Monsieur SADI René Emmanuel, dans un livre qui m’est dédié par un compatriote. L’avant-propos, qui a servi les deux présidents du Cameroun avec honneur et loyauté, écrit, je cite de mémoire : « Le président Paul BIYA a connu ou rencontré la plupart des grandes figures qui ont marqué la marche de la seconde moitié des XXe et XXIe siècles. . . « . C’est un texte témoignage qui traduit assez fidèlement le chemin qui a été mon chemin. Partout et avec tous j’ai eu et j’ai encore à plaider pour la paix et le progrès dans le monde. Dans cette ligne de pensée, l’action internationale du Cameroun tend vers une plus grande l’intensification des échanges équitables entre les peuples ; elle met ainsi en œuvre toutes ses options d’intervention en vue d’établir le nouvel ordre économique et culturel mondial que tous les peuples réclament de tout leur désir. Par exemple, le 8 septembre 2022, je suis profondément attristé par la disparition A Sa Majesté Elizabeth II, Reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord Je salue la mémoire du s illustre souverain au destin extraordinaire dont le règne a marqué la fin du 20e et le début du 21e siècle. J’ai une pensée émouvante, plutôt pieuse, pour tous les autres qui nous ont précédés dans l’au-delà. Le monde dans lequel nous vivons devient de plus en plus dangereux. Apprenez des événements. Au XVIIe siècle, on disait qu’on ne triomphe de la nature qu’en lui obéissant. Respectons l’environnement. Luttons contre toutes les formes d’agressions sur la planète, notre « maison commune », pour reprendre la belle image du Pape François.

QU’EN EST-IL DE VOS PAYS ? À PARTIR DE VOTRE PRÉCÉDENT ILLUSTRÉ : QUELLE APPRÉCIATION ?

J’ai eu le grand privilège d’être l’associé du Président AHMADOU AHIDJO, Président de la République Unie du Cameroun, pendant de nombreuses années. Je lui dois un grand et vif hommage de respect et d’admiration. Fils digne et respecté de ce pays, il fut le père de la nation camerounaise, l’artisan de son unité et de son développement. En effet, le Président AHMADOU AHIDJO nous aura révélé comme un géant de l’histoire camerounaise, de l’histoire africaine, de l’histoire elle-même. Ainsi, pour tous les Camerounais, son illustre carrière d’homme d’Etat reste une source de fierté et un exemple d’engagement et de patriotisme. En disant cela, je voudrais rappeler à ceux qui n’ont pas vécu ces événements que le nouveau dynamisme que nous avons insufflé à toute activité nationale, si porteuse d’espoir d’un changement profond et durable, s’est heurté à des comportements anachroniques. Cela a conduit à des malentendus, selon lesquels certaines affirmations évidentes se sont transformées en un conflit d’autorité entre le président de la République et le président national du parti, conflit qui, il faut bien le dire, est tout à fait absurde sous un régime présidentiel aussi comme notre système de démocratie gouvernementale. Heureusement, et il faut s’en féliciter dans la République, l’ordre républicain prime sur les autres considérations anticonstitutionnelles. La majorité des Camerounais l’ont si bien compris qu’ils sont restés fidèles au pacte républicain scellé avec le Renouveau National, le projet de société que je leur propose.

COMMENT VOYEZ-VOUS VOS ÉQUIPES D’AUTRES PAYS QUI ONT LE PRIVILÈGE DE TRAVAILLER AVEC VOUS MAIS LUTTENT POUR AIDER À ÉTEINDRE LE FEU SÉPARATISTE QUI COURT DANS LES RÉGIONS DU NORD-OUEST ET DU SUD-OUEST ?

Au début de cet entretien je vous parlais de la complexité du Cameroun. Les deux entités nationales que vous avez citées l’illustrent d’un point de vue historique, socioculturel et linguistique. Ce qui s’est passé là-bas faisait initialement partie des griefs légitimes des entreprises. Pour cette raison, nous avons activé toutes les possibilités de la démocratie dans la république pour mener le dialogue et répondre avec soin et de manière appropriée aux demandes légitimes. A cette question nous avons entendu « vert et pas mûr », comme on l’appelle aujourd’hui. Alors je voudrais prendre un peu de temps pour que vous expliquiez ou même explicitiez certaines choses sur la soi-disant question anglophone. Un sentiment d’exclusion vécu par les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a souvent été évoqué pour expliquer cette crise. A cet égard, je voudrais redire à nos compatriotes de ces régions, mais aussi à ceux des huit autres régions du Cameroun, que la marginalisation, l’exclusion ou la stigmatisation n’ont jamais suscité l’action des différents gouvernements que j’ai formés depuis que j’ai rejoint la justice suprême de notre pays. Conformément à la politique d’équilibre régional que je n’ai cessé de promouvoir, j’ai élu un Premier ministre de la région du Sud-Ouest. Son prédécesseur, qui occupait ce poste clé depuis près de dix ans, était originaire de la région du Nord-Ouest. Depuis le 9 avril 1992, les premiers ministres, chefs de gouvernement, sont élus parmi les ressortissants de ces deux régions. Malgré cela, certains continueront à parler de la marginalisation des populations de ces régions.

Monsieur le Président de la République, est-ce un sentiment de déception que vous éprouvez ?

En effet, il doit être universellement reconnu que la nature humaine est telle qu’il n’y aura jamais assez de postes à responsabilité pour satisfaire toutes les régions, tous les départements, arrondissements, villes, villages, familles et citoyens de notre pays. Chaque choix continuera d’apporter de la joie quand on est excellent et de la tristesse quand on ne l’est pas. Cependant, il est important que nos mentalités évoluent sur ce point. Les ministres et autres fonctionnaires sont nommés non seulement pour servir leurs régions, leurs villages ou leurs familles, mais l’ensemble de la communauté nationale. Ils doivent servir l’intérêt général et non des intérêts particuliers. Pour cette raison, je n’ai pas cessé depuis ma prise de fonction et continuerai à lutter sans relâche contre la corruption et le détournement des deniers publics et à promouvoir la bonne gouvernance. C’est ce que veulent les Camerounais. Ils veulent surtout plus de pain et de meilleure qualité, plus de paix et une paix durable. Car sans paix, aucun progrès n’est possible. Le Grand Dialogue National que nous avons organisé nous a permis de faire des progrès significatifs vers la décentralisation et le développement local. Nous nous en félicitons. Mais nous devons aller plus loin. Et cela est tout à fait possible si nous continuons à unir nos forces. Ensemble.

Si vous regardez bien votre agenda, vous avez l’impression de ne pas avoir beaucoup de temps à consacrer aux loisirs. QUELS SONT TES LOISIRS, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ?

Détrompez-vous cher journaliste ! A chacun son temps. Entre deux impératifs professionnels, même au milieu du bruit des coups de feu, je trouve toujours le temps de faire le vide autour de moi pour communier avec mon Dieu. Prier, adorer, rendre grâce, supplier mon Seigneur et mon Dieu, quelle que soit la situation, tout cela fait partie de mon quotidien. Croyez-moi, je n’ai pas perdu la bonne vieille habitude de chanter le Te Deum. Un corps sain dans un esprit sain : telle est la sagesse ancestrale qui guide mon agenda. Ainsi, selon mon âge, j’ai pratiqué plusieurs sports : le vélo, qui m’a souvent amené à pédaler sur les routes de la côte de Kribi et même ici à Yaoundé, la natation, le golf et surtout la randonnée. Il paraît même que l’on me crédite d’une grande habileté à jouer du Songo’o… J’aime bien randonner dans la nature à l’ombre du couvert végétal. Comme vous pouvez le constater, il n’y a pas de petit sport au Cameroun… La lecture des biographies de grandes figures de l’histoire est une autre passion que j’ai conservée. Comme je l’ai confié à l’un de mes hôtes ici à Unity Palace le 1er avril 2021 et ce n’était pas un poisson d’avril, je viens de lire un énorme livre de 1000 pages sur Churchill, un grand politicien britannique. On dit que je suis assez éclectique dans mes goûts musicaux, très classique de par mon éducation. Mais j’aime écouter de la musique populaire d’ici et d’ailleurs. Ma femme et moi l’aimons de temps en temps. Je mange et j’aime les boissons locales : le mendim me zon, un plat à base de pistache qui semble avoir de nombreuses vertus. J’espère qu’un jour je pourrai t’inviter à ma table… (Pétrifiée, j’acquiesce machinalement).

Rf: Le Quotidien N° 1030 Lundi 31 octobre 2022

 

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