MRC : voici ce qui manque a Kamto pour être président de la République

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« Franck Biya, est d’une discrétion exceptionnelle, contrairement aux progénitures d’autres dirigeants en Afrique et même dans le monde, et cette discrétion joue en sa faveur dans la course à la succession. Je suis pour un système Monarchique de type Parlementaire, avec un Chef d’état (ou même un monarque) qui règne sans gouverner. En 2011, le Président avait fait un pas avec le droit de vote des Camerounais de la diaspora, mais sa promesse de 2009 à Paris sur la question de la double nationalité n’est pas toujours d’actualité … »

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je voudrais d’emblée vous remercier pour cette occasion que vous me donnez de m’adresser à mes compatriotes. Je suis Eric Nguemaleu, un Camerounais vivant en Belgique depuis plus de deux décennies, expert des droits de l’homme et politologue spécialisé dans les affaires européennes. Je suis issue de l’Université de Louvain, de l’Université de Liège, de l’Université de Namur et de l’Université Saint-Louis à Bruxelles.

Je suis un leader bien connu dans la diaspora pour mon implication dans l’organisation et l’animation de plusieurs débats scientifiques.
Je suis membre fondateur d’organisations telles que CODE, la Fondation Moumie, ancien secrétaire adjoint et ancien président de la Ligue belgo-africaine pour la restauration des libertés civiles en Afrique (actuellement CEBAPH).

Comment avez-vous accueilli la récente visite au Cameroun du président français, qui a snobé le Cameroun lors de son premier mandat ?

Le président Macron a choisi le Cameroun pour son premier voyage après sa réélection contre son gré, mais simplement en raison des enjeux actuels (essentiellement politiques, économiques, géostratégiques). Le Cameroun est le géant de la zone CEMAC, sa position géostratégique (importance des ports de Douala et Kribi) est importante pour la France, d’autant plus en ces temps d’instabilité au Tchad et en Centrafrique.
Rappelons que Sarkozy n’est pas venu au Cameroun lors de son seul mandat, Hollande n’est resté avec nous que 5 heures et a pu justifier cette escale rapide en signant un traité important pour son pays.
Il faut dire aussi que l’opinion publique en France n’est pas positive sur la longévité au pouvoir, la crainte de sanctions aux élections n’est pas négligeable et peut aussi expliquer le choix du calendrier des deux prédécesseurs de Macron, et son absence lors de sa première terme. Se présenter dans notre pays avec le chef de l’Etat avant sa réélection pourrait lui coûter son deuxième et dernier mandat.

La montée en puissance d’autres puissances à travers plusieurs projets et partenariats économiques avec le Cameroun a poussé Macron à bouger un peu, au risque de se faire complètement dépouiller de ses pions par des pays comme la Chine, la Russie et même son voisin allemand. Estimant l’impossibilité pour la France de rompre avec la Françafrique, il ne cherche qu’à changer ses stratégies pour s’adapter aux circonstances actuelles. La situation politique au Mali et en Centrafrique, la récente visite réussie de notre vice-ministre de la Défense à Moscou, mais aussi la crise en Ukraine sont étroitement liées à la visite de 48 heures de Macron au Cameroun.

Le président Biya, sans définitivement tourner le dos à la France, diversifie ses partenaires dans tous les domaines (sécurité, économie, militaire, etc.). Mais malgré cette diversification, la France reste et restera un partenaire de haut niveau.

Quels ont été les raisons de votre départ du Cameroun et quel lien vous avez gardé avec le Cameroun ?

Je suis parti à l’étranger pour apprendre à venir plus tard et aider mon pays. Je n’ai jamais perdu le contact avec le Cameroun, où je suis régulier et impliqué à tous les niveaux.

Comment comprendre la montée du panafricanisme et du sentiment anti-français en Afrique en général et au Cameroun en particulier ?

Un mariage, malgré sa durée, qui ne profite qu’à une seule personne dans le couple, se solde toujours par un échec. Surtout les jeunes d’Afrique et du Cameroun communiquent entre les deux grâce aux NTIC, ils ont une vision du monde, ils suivent l’actualité et sont désormais mieux équipés et informés qu’avant, ils lisent les accords passés avec la France et comprennent que nous avons de nombreuses années été trompé par la raison pour laquelle les Africains veulent essayer d’autres relations, c’est l’expression d’une lassitude totale.

Ces dernières années, les relations entre les Camerounais de la diaspora et les Camerounais d’ici ont été assez tendues, souvent violentes, comment vivez-vous cette situation ?

Je ne partage pas cet avis, les relations entre camerounais de la diaspora et ceux de chez nous ne sont pas tendues, bien au contraire.

Il y a une bonne frange de la diaspora qui s’oppose au régime du président Paul Biya et ils ont tout à fait le droit de le faire. Cependant, ce dont je les accuse personnellement, c’est d’utiliser la violence, ce que je trouve contre-productif. Les violents et les extrémistes de tous bords connaissent ma position. Chacun doit être libre d’exprimer ses idées et de soutenir la formation politique de son choix sans crainte de représailles. Le Cameroun est notre joyau commun et nous devons le protéger.

Comment évaluez-vous la diplomatie camerounaise envers la diaspora en particulier et la politique internationale camerounaise en général, est-il enfin possible pour le Cameroun d’éviter, sinon de désamorcer, cette situation ?

Le Cameroun peut mieux se réconcilier avec cette grande partie de sa diaspora boudeuse. Lejeune Mbella Mbella, l’actuel ministre des Relations extérieures, que j’ai eu le privilège de rencontrer lors de son séjour de 9 ans en France, est bien placé pour donner des instructions au président de la République. En 2011, le président a fait un geste avec le droit de vote pour les Camerounais de la diaspora, mais son engagement de 2009 à Paris sur la question de la double nationalité n’est pas toujours opportun. Je pense que le Cameroun profitera de l’introduction officielle de la double ou même de la pluralité de nationalités pour corriger des injustices, pour lesquelles le code de la nationalité doit être révisé.
Les autorités auraient également intérêt à faciliter les activités d’import-export pour leur diaspora, à faciliter l’acquisition de terres, à faciliter les investissements, etc.

Même cette diaspora boudeuse ne déteste pas nécessairement le président, elle n’est pas d’accord avec son leadership et, à mon humble avis, faire des revendications est une mauvaise chose. Ce n’est pas facile de détester Paul Biya, nous n’avons connu que lui, il est notre père malgré toutes les différences, c’est à lui de tout faire pour laisser un meilleur Cameroun en héritage à ses enfants dedans comme dehors.

Selon vous, quelle est l’origine de la guerre au NOSO et comment résolvez-vous finalement ce problème ?

Officiellement on parle d’une crise liée aux langues coloniales, une crise qu’on pourrait éviter car je pense qu’elle est due à un manque de communication.

Par le dialogue on peut tourner la page de la crise, continuer à prôner l’apaisement, s’asseoir et parler, il n’est jamais trop tard pour se sentir mieux et comme je dis toujours la guerre, on sait quand ça commence, mais on ne sait jamais quand ça finira.

Selon vous, quelle serait la meilleure forme de gouvernement compte tenu des troubles que le Cameroun a traversés ces dernières années ?

Personnellement, l’Afrique en général et le Cameroun ont besoin de stabilité et cela passe par la stabilité de nos institutions. Les élections coûtent de l’argent et nous divisent. Je suis plutôt favorable à un système monarchique de type parlementaire, avec un chef d’État (voire un monarque) qui gouverne sans gouverner, de sorte que le vrai pouvoir appartienne au premier ministre issu du parti majoritaire à l’assemblée (avec possibilité de coalitions) représentant le Doing work. Que vaut vraiment la démocratie si elle n’est pas précédée d’une population instruite, instruite, autosuffisante et en bonne santé. Cependant, certaines positions régaliennes centrales seront entre les mains du chef de l’Etat (défense, sécurité). La diplomatie, la monnaie et le pouvoir judiciaire sont gérés par le chef du gouvernement, qui informe toujours le chef de l’État ou le monarque de sa feuille de route. La répartition des pouvoirs est clairement ancrée dans la constitution. On peut copier ce qui se passe et marche ailleurs, la forme de gouvernement en Grande-Bretagne, en Italie, en Belgique, en Allemagne…

Le discours de Mitterrand à La Baule sur le pluralisme politique en Afrique subsaharienne francophone, prononcé dans un contexte historique qui ne nous regarde pas (après la chute du mur de Berlin en 1989), ne nous a pas fait plus de mal que de bien.

Les Capétiens ont régné sur la France pendant dix siècles de 987 à 1792 (de Hugues Capet à Louis XVI) et sont à la base de la grandeur et des conquêtes territoriales de la France, de l’histoire judiciaire, des institutions… Malgré la pratique de la monarchie dite de divinité droit (un pouvoir exercé sans partage parce qu’il vient de Dieu) Sous la République, la France a largement profité des acquis de la monarchie pour avancer en tant qu’État. Quant aux Britanniques, après plusieurs siècles de lutte entre les monarques (des Stuarts à Saxo-Cobourg-Gotha) et le Parlement et une petite parenthèse républicaine (1653-1658) sous Lord Protector Olivier Cromwell (seul chef de l’Etat). d’Angleterre) a finalement pris le contrôle de la monarchie parlementaire et a fonctionné depuis lors jusqu’à ce jour.

La démocratie telle qu’elle est pratiquée ici est contre-productive, nous n’y étions pas préparés, nous ne sommes pas prêts et je prends position.

Comment voyez-vous le changement au Cameroun, quel est le profil du futur président, que pensez-vous de Franck Biya et du frankisme ?

Les Camerounais aiment la paix et leur pays. Nous assistons aux instabilités causées par la guerre au NOSO et dans d’autres pays.
Pour être honnête, le RDPC a 56 ans (rappelons-le, le RDPC fondé en 1985 au congrès de Bamenda n’est rien d’autre que le prolongement de l’UNC fondé en 1966) avec de fortes chances de mener la transition de main de maître, ne serait-ce que parce que il s’affaiblit de l’intérieur.

Le professeur Kamtos MRC est un adversaire redoutable mais pas bien établi sur le terrain. L’Honorable Cabral Libii du PCRN est un jeune leader travailleur et ambitieux, capable de nouer des alliances quelle que soit la formation politique, selon le contexte.

Le futur Président doit être une femme ou un homme jeune, dynamique, travailleur, discret, qui maîtrise avant tout les grands dossiers. Il doit aller chez les Camerounais, être là tous les jours et visiter le pays profond. Je n’en sais pas plus que vous sur le frankisme, mais de Franck Biya je peux simplement dire que, contrairement aux descendants d’autres dirigeants en Afrique et même dans le monde, il est d’une discrétion exceptionnelle, et cette discrétion joue en sa faveur dans la course à la succession. Certains disent qu’il n’a jamais occupé de hautes fonctions, c’est officiellement vrai, mais cela ne le rend pas politiquement incompétent, car il est l’homme de l’ombre et a également été le conseiller de son père pendant des années, il n’est pas étranger aux grands problèmes et peut avoir son mot à dire. dans les décisions importantes, à 51 ans, il n’est pas un enfant. C’est son droit en tant que Camerounais de rêver à la plus haute fonction, mais pour cela la constitution doit être respectée.

Le RDPC peut-il survivre à Paul Biya redoutez-vous l’après Paul Biya comme
certains, comment voyez-vous le Cameroun de demain ?

La survie ou la mort du RDPC dépendra de ses cadres, mais avec autant d’années d’expériences et d’exercices, sa probabilité de survie est élevée. Mais s’il venait par exemple à perdre les élections, son unité pourra voler en éclats, le mythe RDPC pourra ainsi se fissurer, surtout avec certains prisonniers milliardaires.

On ne sait jamais avec certitude les lendemains du départ d’un baobab, le cas de la Cote d’ivoire après le départ de Félix Houphouët Boigny doit nous parler.
Quel que soit la personne qui viendra après, elle n’aura pas la tâche facile, elle ne pourra bâtir le pays autour d’un seul Parti, il lui faudra rassembler tous les grands partis qui comptent, la société civile, les forces vives de la diaspora et faire un gouvernement d’union nationale.

NB: Eric Nguemaleu, Camerounais de la Diaspora est un expert en droit de l’Homme et politiste spécialisé dans les affaires européennes.

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