Qatar 2022 : Voici le message de Vincent Aboubakar au Brésil

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Le capitaine des Lions indomptables vient d’accorder une longue interview au site officiel de la FIFA. A deux mois de la Coupe du monde au Qatar, Vincent Aboubakar fait preuve d’un sang-froid sans précédent. Dans ce dossier, la FIFA revient sur le parcours du lion et ses ambitions pour Qatar 2022 :

Lisons


Garoua, une ville située au nord-est du Cameroun, compte un peu plus d’un million d’habitants. Longtemps, Ahmadou Ahidjo, le premier président élu après l’indépendance, est resté l’enfant chéri de la capitale de la région Nord. Mais, depuis quelques années, cette figure mythique fait face à une concurrence pour le moins inattendue.
En centre-ville, près du stade, les murs des maisons servent désormais de support à de magnifiques fresques en l’honneur d’un nouveau héros : Vincent Aboubakar.
Le capitaine camerounais, qui évolue actuellement à plus de 4 000 kilomètres de sa ville natale, à Riyad en Arabie Saoudite, s’est entretenu avec FIFA+ à propos de son remarquable parcours et de ses ambitions à l’approche du grand rendez-vous mondial. « Quand je suis arrivé en Arabie Saoudite, j’ai eu un peu de mal à me faire à la chaleur. Heureusement, les Saoudiens ont été très accueillants et je peux vous dire que le football occupe une grande place dans leurs vies », lance-t-il en guise d’introduction.
« Je suis né dans un quartier majoritairement musulman. À Riyad, j’ai découvert des gens sympathiques et amicaux. C’est vrai, les supporters d’Al-Nassr ont le cœur sur la main. Ils m’ont réservé un accueil fort sympathique. »
Les Saoudiens n’ont pas reculé devant le prix du transfert exigé par les Turcs de Beşiktaş, ce qui témoigne de leurs ambitions. De fait, le club se retrouve aujourd’hui à la lutte avec son grand rival, Al Hilal, dans la course au titre. Outre Aboubakar, Al-Nassr s’est offert les services du gardien de but colombien David Ospina, en provenance de Naples, de l’ancien international brésilien Luiz Gustavo et de l’arrière gauche ivoirien Ghislain Konan. L’ensemble de ces arrivées portent la marque du nouvel entraîneur, le Français Rudi Garcia, engagé lui aussi cet été. L’objectif est clair : reprendre le titre de champion de Pro League saoudienne à Al Hilal, un exploit qu’Al-Nassr n’a pas été capable de réaliser au cours des trois dernières saisons.
De son côté, Aboubakar se félicite de cette reprise en main : « Le club s’est montré très actif sur le marché des transferts. Les dirigeants ont obtenu des renforts de poids pour nous permettre de jouer le titre. Tout le monde connaît Rudi Garcia. C’est un technicien expérimenté, qui va nous apporter son savoir-faire. Il a déjà eu l’occasion d’exercer dans quelques-uns des plus grands clubs du monde. Il fait de l’excellent travail et je suis certain que nous allons vivre une belle saison. Maintenant, il ne faut pas se mentir, la pression est sur nous. À nous, joueurs, de nous montrer à la hauteur ! »
Détrôner Al Hilal ne sera pas chose aisée, mais l’attaquant camerounais a déjà relevé de nombreux défis au cours d’une carrière qui l’a mené en France, au Portugal et en Turquie, avant de débarquer dans le Golfe. Parallèlement, notre interlocuteur s’apprête à vivre sa plus grande aventure avec les Lions Indomptables.
À quelques semaines du coup d’envoi de la Coupe du Monde de la FIFA, Qatar 2022™, il nous livre ses impressions : « C’est une magnifique compétition, qui tient une place à part dans le cœur de tous les footballeurs. Nous sommes tombés dans un groupe difficile, avec le Brésil, la Suisse et la Serbie. Pour autant, nous n’avons pas peur du Brésil car cette équipe ne ressemble pas à celles que nous avons connues par le passé. Certes, il y a de bons joueurs mais pour aller loin dans une telle compétition, il faut un groupe soudé. Sans ce collectif, aligner les grands noms ne sert pas à grand-chose ».
« En ce qui nous concerne, nous devons aborder ce tournoi dans le meilleur état de forme possible. J’espère que nous éviterons les blessures. Ensuite, on verra bien. Je ne vais pas vous dire si le Brésil va faire ci ou ça ; nous nous concentrons sur notre jeu. Je suis certain que le sélectionneur et ses adjoints vont tout faire pour que nous puissions évoluer à notre meilleur niveau. Notre équipe ne manque pas de talent et il règne un excellent état d’esprit au sein du groupe. Quoi qu’il arrive, nous tirerons tous dans le même sens. »
« Nous n’avons rien à envier au Brésil. Nous sommes une grande équipe, nous représentons un grand pays et nous avons les moyens d’aller loin. Laissons notre jeu parler pour nous. Ce tournoi va réunir les meilleures équipes de la planète. Si nous voulons être compétitifs, il va falloir bien se préparer. En 2014, les choses ne se sont passées comme prévu, car nous étions en pleine transition. Il y avait des tensions au sein du groupe mais nous avons tiré les leçons de cet épisode et nous sommes prêts à entamer un nouveau chapitre. »
Dans sa jeunesse, Aboubakar consacrait tant de temps à sa pratique du football qu’il n’avait pas le temps de regarder la télévision. Il se souvient toutefois d’un match de Liga espagnole qui a changé sa vie.
« Je n’aime pas trop regarder le football ; je préfère être dans l’action et jouer avec mes copains. Quand j’étais petit, j’avais un ami qui s’appelait Fidel. Un jour, il m’a appelé pour me proposer de venir voir un match. ‘Je crois qu’il y a un joueur qui va te plaire’, m’a-t-il dit. Le match opposait Barcelone à l’Athletic Bilbao. Quand je suis arrivé, il m’a montré Ronaldinho. Je suis immédiatement tombé sous son charme. C’est le joueur qui m’a le plus marqué dans ma carrière. J’apprécie aussi beaucoup la mentalité de Cristiano Ronaldo. J’ai énormément de respect pour lui. Par sa personnalité, son mental et sa rage de vaincre, il est capable de transcender n’importe quelle équipe. »
Le jeune Aboubakar commence par se faire un nom au Cameroun, avant de partir pour la France. Mais, de son propre aveu, ses débuts en Europe sont difficiles. « On a beaucoup parlé de mes difficultés d’adaptation, quand je suis arrivé à Valenciennes. Moi, j’avais 18 ans. Je débarquais dans un pays que je ne connaissais pas du tout. J’étais perdu. Ça n’était pas évident et, en plus, on me faisait jouer sur l’aile. Ce n’est qu’après mon transfert à Lorient que j’ai commencé à m’éclater sur le terrain. »
Malgré ce démarrage en demi-teinte, il ne tarde pas à être appelé en équipe du Cameroun. Impressionné par son potentiel, Paul Le Guen, le sélectionneur de l’équipe, décide de le convoquer pour la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud. À l’époque, son expérience internationale se résume à quelques mois.
« J’ai joué en Coupe du Monde à 18 ans. Je comptais parmi les benjamins du groupe à ce moment-là. Heureusement, quand je suis arrivé en France, j’ai été entouré par des gens bien. L’argent ne m’a pas changé. Même après la Coupe du Monde, je suis resté humble. Je ne me suis pas pris pour quelqu’un d’autre. J’ai continué ma carrière à Valenciennes car je ne voulais pas me précipiter. Je suis quelqu’un de calme.  »
Douze ans plus tard, Aboubakar se prépare à représenter une fois de plus son pays dans la reine de compétitions, cette fois en tant que capitaine. Depuis ses débuts en 2010, il a tout connu ou presque. En 2014, il doit se contenter de deux apparitions. Malheureusement pour lui, il reste muet face à la Croatie et au Brésil. La suite sera plus réjouissante, avec quelques beaux succès en Coupe d’Afrique des Nations de la CAF 2017 et 2021.
En plein doute lors de la première édition, Aboubakar se trouve réduit au rôle de remplaçant. Il ne marque plus ; pire, il ne cadre pas un seul tir avant la finale, qui oppose les Lions Indomptables à l’Égypte de Mohamed Salah. Les Pharaons ouvrent le score par Mohamed Elneny, mais Nicolas Nkoulou remet les deux équipes à égalité à l’heure de jeu. Comme souvent depuis le début du tournoi, le sélectionneur Hugo Broos décide de lancer son joker de luxe en seconde période.
À deux minutes de la fin du temps réglementaire, Aboubakar parvient à contrôler un long dégagement de Sébastien Siani. Il efface son garde du corps et place une reprise de volée imparable dans l’angle du but.
Roger Milla et Samuel Eto’o assistent à ce coup d’éclat depuis les tribunes. Il n’en fallait pas davantage pour offrir au Cameroun sa cinquième couronne continentale, après une longue traversée du désert de 15 ans.
Quatre ans plus tard, Aboubakar croise à nouveau la route de l’Égypte en Coupe d’Afrique des Nations. En demi-finale, les deux équipes restent muettes pendant 120 minutes. Notre interlocuteur sera toutefois le seul Camerounais à faire mouche durant la séance de tirs au but, ce qui ne suffit évidemment pas à empêcher les Pharaons d’accéder à une nouvelle finale.
Il signe pourtant à cette occasion sa meilleure performance individuelle dans l’épreuve continentale : avec huit réalisations, il termine meilleur buteur de la CAN. Le dernier Lion Indomptable à réaliser pareil exploit s’appelait Samuel Eto’o (en 2008). Il est en outre le premier joueur à franchir la barre de sept unités sur une édition depuis le Congolais Ndaye Mulamba, en 1974.
« J’étais fier, c’est vrai, mais je suis surtout très reconnaissant envers Toni Conceição, qui a toujours cru en moi. Je pense avoir été à la hauteur. Je tiens aussi à remercier tous mes coéquipiers. Ils ont tout donné et, sans eux, je n’y serais jamais arrivé. Nous voulions absolument ce titre, mais le destin en a décidé autrement. »
« Maintenant, je sais que je serai attendu au tournant. Je m’attends à être surveillé de près pendant la Coupe du Monde. Mais ça ne me dérange pas. L’important, c’est d’éviter les blessures. Ensuite, tout peut arriver. Nous avons les moyens de créer la surprise. » En dépit de tous ces succès, Aboubakar a su rester un homme simple, fidèle à ses origines modestes.
« On a beaucoup parlé de mon statut de capitaine, mais je ne me prends pas trop la tête. Je me vois comme un simple relai entre le sélectionneur et les joueurs. Je ne veux pas que ce brassard soit un problème. Bien sûr, c’est un honneur de le porter en sélection, d’autant que nous savons à quel point nos supporters nous aiment. Le football tient une place énorme au Cameroun. Il aide les gens à oublier leurs problèmes. Il leur redonne le sourire. En tant que joueurs, nous avons le devoir de faire le maximum sur le terrain afin que chaque Camerounais puisse être fier de nous. »
« J’ai eu la chance de partager des moments inoubliables avec nos supporters, tout au long de ma carrière. Je ne veux pas minimiser tout ce que j’ai déjà accompli, je sais que j’ai beaucoup de chance, mais je suis loin d’être rassasié. »
Plusieurs équipes africaines ont déjà atteint les quarts de finale de la Coupe du Monde, dont le Cameroun, en 1990. Notre interlocuteur en est convaincu, le titre suprême pourrait revenir à une sélection africaine dans un avenir plus ou moins proche… à condition de mettre l’accent sur la préparation.
« Je pense que d’ici quelques années, une équipe africaine pourrait très bien gagner la Coupe du Monde. Dans 20 ou 50 ans, peut-être. Qui sait ? C’est possible, mais si nous voulons faire de ce rêve une réalité, un faut se préparer et mieux s’organiser afin de contourner notre manque de ressources », glisse-t-il en guise de conclusion.

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