Région Est : cadavres sous mines d’or

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Dans la région de l’Est, plusieurs trous sur des sites d’extraction d’or n’ont pas été fermés après l’exploitation minière par les entreprises. Ils sont devenus des cimetières à ciel ouvert.

Selon l’Institut National de la Statistique du Cameroun, 30% de la population de la Région de l’Est vit en dessous du seuil de pauvreté. Dans cette vaste zone forestière très isolée, le taux de fréquentation de l’école primaire est de 84 %. Dans un tel contexte, les populations se tournent vers l’artisanat et les activités informelles pour survivre. La quête de l’or en attire plus d’un et cette activité n’est pas sans danger pour ces orpailleurs.

Mourir pour l’or

Les populations affluent vers les mines à la recherche de ce métal précieux, au péril de leur vie. Les trous de mine non réparés semblent donc être une solution, selon le préfet du département du Lom et Djerem.
« Les gens sont parfois même heureux de voir ces trous de mines abandonnés. Car dès que l’opérateur tourne le dos, les creuseurs artisanaux courent vers les trous béants », raconte Yves Bertrand Awounfack Alienou. Une réponse justifiée par le fait que : « ces trous ouverts offrent l’opportunité d’accéder plus facilement à la source, plus difficile d’accès lorsque la population doit se creuser avec ses outils rudimentaires. Cependant, les fouilles laissées par les opérateurs, qui utilisent des machines, sont plus facilement accessibles, bien que non sécurisées », a déclaré Justin Chekoua, chef de projet chez Foder.

L’exploitation minière artisanale sur ces sites comporte en effet beaucoup de risques car la population ne prend pas les précautions de sécurité pour y travailler. Dans presque tous ces sites miniers non réhabilités, des hommes, des femmes et des enfants locaux travaillent sans équipement de protection individuelle ni mesures de sécurité sur le site. Ils ont les pioches, les bassins, les seaux, les nattes, la grande boîte et la pompe à eau comme matériel de travail. Les plus aptes descendent au fond des trous béants pour ramasser la boue. D’autres lavent ce monticule de terre, plein de gravier, pour extraire de l’or.

« Lorsque des glissements de terrain se produisent, il y a presque toujours des morts. Mais ces décès ne les découragent pas, car pour plusieurs membres de la communauté, un accident est tout simplement la volonté de Dieu », s’indigne Justin Chekoua. Cependant, il est à noter que les trous abandonnés sont souvent aussi situés sur le chemin des activités communautaires (champs, rivières, prairies, écoles). Cela augmente les risques d’accidents lors des passages quotidiens.

43 décès en 10 mois

Ces trous de mine béants ont fait de nombreux morts. Plus précisément, ces trous ont fait 43 morts dans les départements de Kadey et Lom et Djerem en 10 mois. Ce dernier est le département le plus peuplé de la région, avec une population estimée par le Bureau central du recensement et des études démographiques (Bucrep) à plus de 275 000 habitants. Il a enregistré 23 décès en 10 mois, dont 17 décès dans le district de Ngoura et 6 à Bétaré Oya.Le département de Kadey, peuplé de plus de 180 000 habitants, a quant à lui perdu 20 personnes dans ces trous de mine, principalement dans le district de Batouri.

« L’abandon des trous par les sociétés minières et leur exploitation par les populations riveraines sont les deux principales causes de ces décès », a déclaré Justin Landry Chekoua, responsable du projet Mines Environnement, Santé et Société chez Foder.

250 trous en plein air

Les données pour la période 2016-2017 ne sont pas disponibles, mais les statistiques les plus récentes soulèvent des questions. Pour la période 2014-2016, 250 trous ouverts et non réparés ont été répertoriés par l’équipe de Foder. Véritables cimetières à ciel ouvert laissés par les sociétés minières artisanales mécanisées. La plupart des propriétaires de ces sociétés sont chinois, selon Foder. L’ONG déplore qu’aucune véritable sanction administrative n’ait suivi après ce licenciement. Une seule entreprise a été suspendue par le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique. Il s’agit de Métalicon SA, active à Batouri, pour laquelle une sanction de six mois a été prononcée.

La décision de Minmidt est intervenue en septembre 2017, quelques jours après la mort d’un enfant de 12 ans qui s’est noyé dans un trou de mine laissé par ladite société. Par ailleurs, de nombreuses plaintes de riverains, notamment les décès et les destructions de biens causés par ladite société, auraient fait pression sur l’instance dirigeante. Les chantiers sont également scellés. Mais même si ces décisions sont prises, elles n’ont pas d’impact réel sur le changement de comportement de ces entreprises. Sur le terrain, les gouvernements régionaux peinent à sévir contre ces entreprises récalcitrantes.

« Les entreprises avec des licences d’exploitation ont des spécifications. Cela indique qui est responsable de la fermeture des trous après la chirurgie. Quand on les interroge sur l’obligation de réparer les trous après exploitation, ces entreprises répondent souvent qu’elles ont donné de l’argent à l’Etat. Nous ne pouvons pas continuer la répression car nos prérogatives ne nous le permettent pas », a déclaré le préfet de Lom et Djerem.

Néanmoins, l’instance dirigeante signale que des actions de sensibilisation sont souvent menées dans les entreprises. L’objectif est de les inciter à tenir leurs engagements.

Rénover le site, une obligation

Outre les problèmes d’insécurité, la non-réhabilitation des sites miniers a également des conséquences sur l’environnement naturel. Les spécialistes notent, entre autres, la perte de qualité des sols ; la création de lacs artificiels à haut risque pour l’homme et le bétail en cas de chute ; l’altération du relief du sol causée par les fouilles, l’altération du réseau hydrographique de la zone causant d’énormes problèmes d’approvisionnement en eau.

En effet, tous ces dommages peuvent être évités grâce au respect de la réglementation minière, qui prévoit la réhabilitation des sites après exploitation. Selon la loi-cadre de gestion de l’environnement de 1996 et le code minier de 2016, les entreprises minières artisanales doivent veiller à la protection de l’environnement. Par ailleurs, l’article 136 de la loi minière du Cameroun précise que « la récupération, la restauration et la fermeture des sites miniers et des carrières sont de la responsabilité de chaque opérateur ». Ces clauses environnementales figurent en bonne place dans les cahiers des charges des sociétés minières artisanales. Par exemple, l’exploitant doit préparer une étude d’impact environnemental concise avant le début des travaux, qui doit contenir les plans de gestion des déchets, de gestion des catastrophes, de réhabilitation et de fermeture. De plus, lorsqu’il arrive à la fin de l’occupation du site, il doit remettre le sol dans son état d’origine. Concrètement, selon le code minier, il s’agit de permettre aux anciens sites miniers de retrouver des conditions stables de sécurité, de production agro-sylvopastorale et d’aspect visuel proches de leur état d’origine ou propices à tout nouvel aménagement. Les gens doivent être informés des dangers de l’exploitation minière dans des endroits dangereux. Sensibiliser, mais aussi sanctionner. Tant que ces dispositions existent, l’application des textes réglementaires reste un défi pour l’exploitation minière artisanale dans la Région de l’Est en particulier et au Cameroun en général. Les gens devraient être éduqués sur les dangers de l’exploitation minière dans des endroits non sécurisés, mais la loi devrait également punir les entreprises récalcitrantes.

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