« Effacer l’historique », en plein cauchemar numérique

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    Critique

    Avec cette fable absurde et ultra-décalée sur la grande solitude des habitants des périphéries à l’ère d’Internet, le duo Delépine-Kervern signe un de ses meilleurs films, Ours d’argent à Berlin.

    Lecture en 2 min.

    Benoît Delépine et Gustave ­Kervern n’ont pas toujours eu la main légère dans leurs films, mais il faut leur reconnaître une certaine constance dans la dénonciation des effets de la mondialisation et une formidable acuité dans la description de ses pires dérives.

    Elles culminent en même temps qu’elles s’épurent formellement dans ce dixième long-métrage qui dénonce l’emprise des Gafa sur nos vies et la grande solitude des classes moyennes reléguées à la périphérie des villes, dont la révolte des ronds-points a été la singulière expression.

    Marie, Christine et Bertrand, voisins de lotissement depuis des années, ne s’étaient jamais adressé la parole avant de se rencontrer sur l’un d’entre eux, cet hiver-là. Mais ce n’est déjà plus qu’un lointain souvenir quand le film commence, submergés qu’ils sont par les ennuis du quotidien et rivés derrière leurs écrans pour tenter de les résoudre.

    Marie (Blanche Gardin), en plein divorce, n’arrive plus à payer les traites de sa maison, et se retrouve victime d’un chantage à la sextape par un étudiant (Vincent Lacoste) qui n’a pas d’autres moyens pour payer ses études. Bertrand (Denis Podalydès), veuf et surendetté, est impuissant face aux vidéos humiliantes de sa fille qui circulent sur les réseaux sociaux et comble sa solitude en nouant une idylle téléphonique avec la jeune femme qui essaie de lui vendre une véranda. Christine (Corinne Masiero), accro aux séries, s’est reconvertie comme chauffeuse VTC et ne comprend pas pourquoi la note maximale de ses clients ne dépasse jamais une étoile.

    À travers une série de gags absurdes jusqu’à l’effroi qui voient défiler une brochette d’habitués de leur cinéma (Benoît Poelvoorde, Bouli Lanners, Philippe Rebbot ou Michel Houellebecq), le duo de réalisateurs fait mouche quand il décrit les travers d’une société entièrement livrée à une réalité purement virtuelle plongeant ses victimes consentantes dans un état proche de l’hébétude.

    À la précarisation sociale et à la relégation urbaine s’ajoutent le cauchemar numérique et son corollaire : surconsommation, déshumanisation et impuissance. Contre qui se révolter quand on n’a plus d’interlocuteurs en face de soi et que vos données sont stockées dans un cloud à Palo Alto ou en Irlande ?

    Mais Gustave Kervern et Benoît Delépine croient sincèrement aux vertus du collectif, et la deuxième partie du film voit nos trois héros, comme des Don Quichotte, tenter de reprendre leur vie en main et de s’unir pour s’attaquer aux géants de l’Internet. La bataille est forcément perdue d’avance mais ils trouveront dans cette aventure, et les spectateurs avec eux, la chaleur et le réconfort qui leur manquait tant. Et, ultime pied de nez poétique, le courage de troquer définitivement leur téléphone portable contre des pots de yaourts…

    Entre le marivaudage en noir et blanc de l’héritier de la Nouvelle vague, Philippe Garrel, et l’hommage aux gilets…

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    SOURCE: https://www.w24news.com

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