Parcours des mondes : les masques Gèlèdès du Bénin unissent l’art et l’esprit

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La plus grande exposition internationale d’art traditionnel d’Afrique (qui réunit également les plus grandes galeries mondiales d’art d’Asie, d’Océanie et d’Amérique) se tiendra à Paris jusqu’au 11 septembre. Visite de la Galerie Vallois 41, où la réalisatrice Camille Bloc présente un mélange raffiné et joyeux de masques Gèlèdè anciens et contemporains intitulé : « Chroniques de la vie quotidienne au Bénin ». Entretien.

RFIA : A l’occasion du Parcours des mondes, vous réunirez une série de masques Gèlèdè de la fin du XIXe siècle à nos jours, des objets religieux sacrés aux œuvres d’art pures. Quel est le rôle traditionnel du masque Gèlèdè ? ?

Camille Blok : Le masque Gèlèdè est très important pour la société Yoruba car la société secrète de Gèlèdè. Des cérémonies sont organisées pour les événements importants de la communauté : récoltes, mariages, naissances, décès… Cela commence par la cérémonie nocturne, puis la cérémonie diurne avec des danses rituelles, avec des chants. C’est vraiment quelque chose de très important pour la société Yoruba.

Ces masques appartiennent à la culture Yoruba, surtout présente dans l’est du Bénin et du Nigeria. Ces cérémonies sont-elles encore pratiquées aujourd’hui ? ?

Oui absolument. C’est une vieille tradition qui perdure, qui a commencé au 18ème siècle. A l’origine, la société Yoruba était une société matriarcale, mais au 18ème siècle, les hommes ont repris le pouvoir politique. Et ils ont offert le culte Gèlèdè aux mères, aux femmes, pour les dédommager de cette perte de pouvoir politique. Enfin, les femmes jouent un rôle très important dans le domaine spirituel. Le but de la cérémonie Gèlèdè est d’apaiser la colère des femmes et des mères et de s’attirer leurs faveurs.

Masques Ibeji (jumeaux), Nigéria, fin XIXe/début XXe siècle, présentés dans l’exposition « Chroniques de la vie quotidienne au Bénin » à la Galerie Vallois 41, dans le cadre du Parcours des mondes 2022. © Siegfried Forster / RFIE

Les mêmes types de masques sont-ils encore utilisés dans ces cérémonies aujourd’hui ? ?

Le masque Gèlèdè a beaucoup évolué. Nous présentons plusieurs variétés dans notre exposition. Les masques les plus anciens sont très simples, avec juste un visage féminin Yoruba très typique, avec des yeux en amande et des cicatrices sur les joues ou le front. Vient ensuite une deuxième génération de masques dans lesquels une superstructure a été placée au-dessus du masque d’origine, représentant des scènes très variées, souvent des scènes de la vie quotidienne qui représentent la vie de la communauté. Puis il y a une troisième génération qui est arrivée assez récemment, dans les années 80. Ce sont des masques articulés, comme des poupées. Enfin, la quatrième génération, ce ne sont plus des masques utilisés pour les rites, mais des œuvres d’art à part entière réalisées par des artistes contemporains que nous présentons également ici.

Le but des masques était de véhiculer des valeurs, mais aussi de donner des instructions morales ou pédagogiques. Peut-on dire qu’au début il s’agissait pratiquement de scènes religieuses sculptées et de nos jours on arrive parfois à des masques très spectaculaires et colorés, ressemblant presque à des dessins animés sous forme de sculptures ?

Oui absolument. Ensuite, il faut distinguer le masque de nuit, souvent très simple, représentant des dieux, des symboles, tandis que le masque contemporain, le masque de jour, accorde une grande attention à la représentation de la vie quotidienne. En effet, il y a des scènes destinées à sensibiliser la population, à leur apprendre l’importance de l’hygiène. Il y a aussi des scènes pour montrer les avantages de la technologie. D’autres servent à plaisanter sur les erreurs de certains personnages afin d’éduquer la population à la morale.

Masque Gèlèdè de Barthélémy Hountchonou (né en 1977) : « Le libérateur de kpayo (essence falsifiée) », 2011, exposé dans l’exposition « Chroniques de la vie quotidienne au Bénin » à la Galerie Vallois 41, dans le cadre du Parcours des mondes 2022. © Siegfried Forster / RFIE

Onder de tentoongestelde moderne en hedendaagse maskers ontdekken we de figuur van de fokker, maar ook de kok, de jager, de slager, de putten of een gearticuleerd masker waarbij de danser het karakter van de timmerman op zijn hoofd kon bedienen door aan zijn hoofd te tirer. une ficelle… Parmi les masques que vous exposez ici, quelle scène de la vie quotidienne vous a le plus marquée ? ?

Ce qui me frappe le plus, ce sont tous ces masques représentant le zémidjan, la moto taxi, les voitures, car il y a un drôle de décalage entre l’aspect ancien du masque et le côté absolument contemporain de la scène représentée. C’est toujours très drôle.

Quelle est la pièce emblématique parmi les masques anciens exposés ? ?

La pièce la plus importante est le masque principal de la cérémonie Gèlèdè, Efè, médiateur entre les « lyami » (les Mères) et la communauté. C’est le masque porté par le danseur le plus expérimenté et le plus doué de la communauté. C’est lui qui apparaît à la fin de la cérémonie nocturne. Il est le seul habilité à conférer avec assistance. Il est toujours associé à l’oiseau qui envoie des demandes des membres de la communauté à Efe pour lui demander d’exaucer certains souhaits.

Masque Gèlèdè (détail) de Wabi Dossou (né en 1991) : « Le Zémidjan surchargé » (2012), exposé dans l’exposition « Chroniques de la vie quotidienne au Bénin » à la Galerie Vallois 41, dans le cadre du Parcours des mondes 2022. © Siegfried Forster / RFIE

Parmi les sculpteurs contemporains figurent Barthélémy Hountchonou, Brice Lokossou, Wabi Dossou et Kifouli Dossou, né en 1978. Peut-on dire que ce dernier est l’artiste le plus emblématique des masques Gèlèdè contemporains ? ?

En effet, Kifouli Dossou est l’un des artistes les plus importants et les plus connus dans le domaine du masque Gèlèdè. Il est connu de longue date et ses œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques et privées, dont le Musée Afro-Brésil de São Paulo au Brésil, le Musée de la Fondation Zinsou au Bénin ou encore la Collection Jean-Yves Augel. [qui réunit plusieurs centaines de masques Gèlèdè, NDLR] En France.

Quelle place occupent les masques Gèlèdè contemporains au Bénin, conçus comme des œuvres d’art ? ? Y a-t-il des acheteurs ou des collections sur place ? ?

Aujourd’hui, l’intérêt est encore majoritairement occidental, car au Bénin le masque est surtout important pour l’usage dans les rituels.

Masque de jour articulé Gèlèdè (avec un meunier et deux clients ; nom d’artiste inconnu), (Bénin, seconde moitié du XXe siècle), exposé dans l’exposition « Chroniques de la vie quotidienne au Bénin » à la Galerie Vallois 41, dans le cadre de la Parcours des mondes 2022. © Siegfried Forster / RFIE

Masques Gèlèdè – Chroniques de la vie quotidienne au Béninà la galerie Vallois 41, Paris, du 6 au 1er septembreest Octobre 2022.

►21e édition du Parcours des mondes, du 6 au 11 septembre 2022, dans le quartier des Beaux-Arts, Saint-Germain-des-Prés, Paris.

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