CINÉMA – « Petit Pays » : le Burundi vu par les yeux de l’enfance

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    Eric Barbier, réalisateur de « La Promesse de l’aube » avec Pierre Niney, signe l’adaptation cinématographique de « Petit Pays », le roman à succès de Gaël Faye publié chez Grasset en 2016 (Prix Goncourt des lycéens).

    Dans les années 90, Gabriel, un garçon âgé d’une dizaine d’années, vit au Burundi avec son père, un entrepreneur français (interprété par Jean-Paul Rouve), sa mère rwandaise Yvonne (interprétée par Isabelle Kabano, égérie du cinéma rwandais), et sa petite sœur Ana. Gabriel passe son temps à faire les quatre cents coups avec ses copains de classe jusqu’à ce que la guerre civile éclate, mettant fin à l’innocence de son enfance.

    A la lecture du roman de Gaël Faye, le personnage de Gabriel a particulièrement frappé le réalisateur. « Ce n’est pas dans le personnage du père, qui est blanc et Français, que je me retrouve le plus mais dans celui de l’enfant. Parce que je retrouve en lui une partie de mon enfance. Là d’où je viens, un petit village du Sud de la France, mon enfance était un peu comme celle de Gaby. Mes parents me laissaient très libre. À partir de 8 ans, j’étais dans la rue, lâché dans la nature », raconte Eric Barbier.

    Pour le personnage de Gaby, le héros du film, plusieurs catastrophes se superposent : la séparation de ses parents, la guerre civile au Burundi et le génocide des Tutsis au Rwanda. « C’était la force du roman et j’espère celle du film », déclare Eric Barbier. « On découvre les événements à travers les yeux de Gaby. Comme beaucoup d’enfants d’une dizaine d’années, Gabriel ne saisit pas tous les enjeux ou les drames qui se jouent autour de lui. Il perçoit des éléments parcellaires des situations et des événements. Il ne comprend pas tout, beaucoup de choses restent confuses et chaotiques. Pour lui, tout se passe comme s’il y avait un lien secret entre la déflagration intime de la cellule familiale et la déflagration historique qui se produit autour de lui à ce moment-là ».

    Le roman de Gaël Faye a connu un succès tant critique que publique, lors de sa publication en 2016. Son auteur co-signe l’adaptation de son propre roman pour le cinéma. « La Promesse de l’aube fait partie des raisons qui m’ont convaincu de travailler avec Éric. Quand j’ai vu ce film, je me suis dit qu’il savait filmer l’enfance et les rapports entre une mère et son fils. C’est quelque chose qui n’est pas évident et je trouvais que c’était très puissant dans le film », explique Gaël Faye.

    L’auteur a même contribué de très près à l’adaptation cinématographique de l’œuvre, guidant le réalisateur au cours de la production. « Gaël a lu toutes les versions du scénario, il a suivi toutes les étapes du montage », précise le réalisateur Eric Barbier. « À chaque fois, il m’a donné des outils pour comprendre son livre au plus près. Gaël était un interlocuteur constant et indispensable. S’il avait décidé de ne pas se mêler du film, ça aurait été beaucoup plus compliqué ». Gaël Faye a cependant voulu laisser le réalisateur signer un film personnel. « J’ai eu cette impression d’être un collaborateur mais je ne voulais pas m’imposer et je n’avais pas envie d’avoir une autorité sur son œuvre. Ce film est le sien et je voulais rester à la bonne place », poursuit Gaël Faye.

    Autour des comédiens Jean-Paul Rouve et Isabelle Kabano, actrice rwandaise dont la performance a été particulièrement saluée lors de l’avant-première du film à Kigali, il y a très peu d’acteurs professionnels dans le film. « 90 % des gens qu’on voit dans le film n’avaient jamais joué du tout », indique le réalisateur. « Le casting, c’est fondamental dans un film comme celui-là. C’est à travers les acteurs que l’on va capter les premiers éléments de réalité du pays, une langue, des gestes. Quand on rencontre des Rwandais, on se rend compte que leur manière d’être est très particulière. Sans généraliser, il y a dans le pays une manière de se parler, de se saluer, d’intervenir dans une conversation, qui est unique », développe-t-il.

    Le projet tenait aussi à cœur le comédien Jean-Paul Rouve, qui incarne le père de Gaby. « Jean Paul Rouve s’engage dès le départ sur le projet alors qu’il voit que le scénario est construit autour du point de vue de Gaby. Il soutient le film tout de suite. Et c’est très précieux pour moi », déclare Eric Barbier.

    Pour Jean-Paul Rouve, cette page de l’histoire du pays est bouleversante. « Je connaissais cet événement qui m’avait terriblement frappé. J’ai beaucoup lu sur le Rwanda en restant sidéré par ce qu’il s’y était passé, ce génocide… C’était il y a 25 ans, c’était hier. Quand on connaît l’Histoire, quand on a grandi avec la connaissance de la Shoah, on a pu se dire qu’une telle horreur ne pouvait plus exister. Ce n’était pas possible qu’une telle folie recommence quelque part dans le monde. Et puis il y a eu le Rwanda… »



    SOURCE: https://www.w24news.com

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