CM – Cinéma : Repentir sur le Nil

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À presque quarante ans, Hanna retourne au Caire pour une sorte de pèlerinage. Elle parcourt les lieux où elle a vécu il y a vingt ans. Médecin humanitaire, cette femme silencieuse qui revient de mission dans un camp de réfugiés syriens à la frontière jordanienne, a l’air très fatiguée. Ses nuits sont pleines de cauchemars. Et ses jours de regret. S’appuyant sur Sultan, un amant de sa jeunesse, elle ne peut s’empêcher de s’interroger sur les choix de vie qu’elle a faits.

A-t-elle eu raison de quitter cette séduisante archéologue pour vivre une vie indépendante ? N’aurait-elle pas dû fonder une famille avec lui comme ce garçon l’avait suggéré ? Pourra-t-elle enfin et surtout renouer avec cet ancien amour comme si de rien n’était, alors que le temps a passé ? Lors de la visite de la nécropole de la Vallée des Rois, quasi sans touristes (le tournage s’est déroulé en pleine crise sanitaire), les mi-quarantins tenteront de répondre aux questions qui les préoccupent.

En bas de la page tombeau de Sethi Ier, avec vue sur un bas-relief du dieu Râ traversant le Nil sur une barque pour marquer sa renaissance, les réponses leur sont imposées comme soufflées par des fantômes. Ensuite, il y a un espoir de renaissance.

Ne vous arrêtez pas à ce résumé maladroit. Le deuxième film de Zeina Durra est une pépite. Il y a dix ans, la réalisatrice, née à Londres en 1976, captait son premier long métrage (Les impérialistes sont toujours vivants !) au festival de Sundance, dans lequel elle filmait une Élodie Bouchez désespérée dans les rues de New York – une sorte de mélancolie balade qui menait à l’entrée d’une Femme marquée à l’âge de raison. Une décennie (et trois enfants) plus tard, le cinéaste n’a rien perdu de sa fraîcheur.

Avec ce nouveau film plein de références pleines d’esprit à la culture pop (les grand-pères-boomers rappellent leurs souvenirs d’un concert historique des Grateful Dead au Caire en 1978 éveillé, et les bateaux de tourisme qui remplaçaient les felouques sur le Nil montrent des portraits de Bob Marley), avec talent, les faux chemins d’une femme, tout aussi déboussolée.

Visiter les nombreuses tombes de la région augmente la convoitise pour que la vie lui revienne. Une scène clé du film se déroule au sol d’une tombe, dans laquelle deux femmes (Takhat, la mère de Ramsès IX. Et sa belle-fille Baketwernel) ont effacé le nom du pharaon Amenmesse afin de se transmettre à la postérité…

Zeina Durra Jouant avec les clichés des cartes postales sur l’Egypte éternelle – ses hôtels anglais à l’ancienne, ses temples, ses balades dans le désert – Zeina Durra semble prendre plaisir à surprendre ses spectateurs en leur présentant des personnages qui ne sont jamais là , que nous attendons.

Les guides touristiques ont appris le mandarin pour accueillir les formateurs chinois. Sultan, le charmant archéologue (campé avec tact par le franco-libanais Karim Saleh) n’a rien à voir avec Indiana Jones. Fumeuse passionnée et non égyptienne comme vous pouvez le penser, cette adolescente handicapée est originaire de New Haven, aux États-Unis. Et il semble pressé de rentrer chez lui de l’autre côté de l’Atlantique.

Salima (Egyptologue Salima Ikram, vue dans le documentaire de James Tovell Secrets of Saqqara’s Tomb, qui joue son propre rôle), est une passionnée pharaonique connaisseuse Dynasties, mais non plus arabe, mais pakistanais. En tant que scientifique de renommée internationale, cependant, elle se soucie peu du matériel archéologique qu’elle trouve. Elle offrira en effet à Hanna une petite statuette représentant la déesse Isis, qui allaite son fils Horus dans une attitude rappelant les premières vierges chrétiennes.

Toujours au casting, dans le rôle d’un faux et gros, Michael Landes réussit à faire oublier son image de policier invincible dans la série télévisée Special Unit 2 en donnant ses traits à un touriste américain fortement alcoolisé. Shereen Reda, la star en Egypte (mais d’origine serbe), incarne une directrice d’hôtel mélancolique qui sortira le chagrin d’Hanna de sa torpeur. En effet, elle décide de partir en voyage nocturne avec l’héroïne pour consulter une voyante qui ouvre de nouvelles perspectives à l’Anglaise.

Louxor est inclassable et se joue parfois de l’humour absurde de Wes Anderson et emprunte le même rythme poussif que celui d’Antonioni Journaliste de métier. Malgré son ton ironique, il n’en est pas moins bienveillant. Zeina Durra traite avec une infinie douceur ses figures de touristes égarés, à la recherche de repères sur les rives du Nil qui pourraient lui servir de boussole. Sur fond de palmiers et de pyramides, elle n’oublie pas que notre monde est en déroute.

Pour confronter de vieilles légendes à des anecdotes très contemporaines, son long métrage devient vite une fable quand Hanna se rend au temple dans l’espoir secret des pèlerines enceintes d’Abydos. Puis il touche au sublime. Et il est difficile de croire que ce petit chef-d’œuvre a été écrit en seulement quatre jours et tourné en moins de trois semaines.

* Luxor, de Zeina Durra, avec Andrea Riseborough, Karim Saleh, Shereen Reda et Michael Landes, on Film Clinic -Production Front Row Filmed Entertainment, distribuée par Rezo Films. 1h 26.

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