CM – Goncourt à Mbougar Sarr : « Nous sommes très fiers qu’il soit sénégalais »

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L’auteur de 31 ans Mohamed Mbougar Sarr, qui est considéré comme le favori de cette édition 2021, a remporté mercredi 3 la victoire).

Le Sénégalais de Diourbel est l’un des plus jeunes écrivains reconnus par l’Académie et le premier auteur d’Afrique subsaharienne. Après des études au Prytanée militaire de Saint-Louis (Sénégal), il poursuit ses études en France et intègre l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Dans ses livres il traite tour à tour le thème du terrorisme (Terre ceinte), la question des migrations africaines (Silence du chor), puis l’homosexualité au Sénégal (De purs hommes), La Most Secrète Mémoire des hommes raconte l’histoire d’un garçon sénégalais écrivain passionné par un livre culte publié en 1938 et parti à la recherche de son auteur.

Une récompense qui n’a pas manqué de susciter une grande joie au Sénégal : des messages de félicitations sur les réseaux sociaux ont immédiatement été révélés avec le nom lié au gagnant. Parmi eux, le président sénégalais Macky Sall, qui a félicité Mohamed Mbougar Sarr pour cette « belle consécration, qui illustre la tradition d’excellence des figures littéraires sénégalaises ». Autre signe d’engouement pour le livre : Le roman a été vendu dans plusieurs librairies de Dakar ! Réactions sur place.

Cheikh Ndiaye, chef de service à la librairie 4 Vents Mermoz à Dakar : « Mercredi entre 11h et 14h il restait une centaine d’exemplaires, on a battu les records ! Nous avons recommandé environ deux cents nouveaux livres pour les semaines à venir, car ils ne manqueront pas de disparaître ! Nous étions très sollicités depuis deux mois et cela a été souligné par la nomination pour le Goncourt. C’est un écrivain en pleine croissance. Nous avons reçu cette nouvelle avec une grande fierté. « 

Papa Djigane Cissé, Business Developer :  » Après les anciennes générations d’écrivains indépendants de renom, il y a eu un grand écart qui a conduit à une perte d’intérêt pour la lecture. Enfin nous avons une génération qui peut tout prendre ! Ces jeunes sénégalais sont capables de produire et de prendre la relève de leurs aînés. Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai eu des larmes de bonheur ! C’est un message fort envoyé, nous récompensons un écrivain, mais aussi un écrivain africain. Ses oeuvres parlent de notre réalité, mais Mohamed Mbougar Sarr ne s’adresse pas à une cible précise, il y recourt pour exprimer ses observations, ses pensées. C’est ce qui fait l’importance de son travail. C’est un écrivain réaliste et naturaliste qui est un mordant, parfois dur, concis et je pense il représente la symbiose entre la culture sénégalaise et le cosmopolitisme plaques qui construisent des ponts entre leur pays d’origine et celui dont ils sont originaires. Bien sûr la fibre nationaliste parle car nous sommes très fiers qu’il soit sénégalais, né à Baol, une région agricole du Sénégal. Son prix suscite beaucoup de réactions. Cela aidera peut-être à intéresser les jeunes qui n’ont pas l’habitude de lire ou d’écrire. J’espère que les éditeurs s’intéresseront à ces nouveaux auteurs, qu’ils intéresseront les éditeurs. « 

Alioune Badara Diop, avocat :  » Quiconque a lu le livre sait que c’est un chef-d’œuvre ! J’avais arrêté de lire des romans depuis six ans, mais j’ai pensé faire un autre de ses travaux il y a quelque temps Donnez-le une chance. Je l’ai lu en quatre jours, ça m’a redonné goût au genre romantique. Ce roman est un véritable labyrinthe : du début à la fin, le lecteur est tenu en haleine, c’est la recherche d’un auteur pour un autre Auteur. Je soulignait les livres que je lisais et sur celui-ci j’ai commenté environ 200 mots inconnus. Cela montre la richesse littéraire, le trésor qu’est ce livre. Je pense que c’est un témoignage du génie littéraire. Certains peuvent penser que cette victoire est en un contexte particulier, surtout après le sommet France-Afrique, mais pour moi ce n’est qu’une coïncidence, la seule explication est que ce livre est excellent et se suffit à lui-même ! Le Sénégal a produit et continue de produire de nombreux écrivains, Mohamed Mbougar Sarr en est un exemple. Il faut connaître ce génie ! « 

Aïsha Dème, ingénieure culturelle, militante culturelle :  » J’aime tellement ce roman et j’y croyais, je ne doutais pas qu’il remporterait le Prix Goncourt ! C’est un roman tellement fabuleux et à l’écriture universelle. C’est bien mérité vu le parcours de l’auteur. Mohamed Mbougar Sarr est jeune mais en même temps fait preuve d’une grande maturité. C’est un exemple pour les jeunes écrivains sénégalais, souvent sous-estimés pour voir que c’est possible. Il y a un ferment, une jeunesse avec une énorme créativité, qui prend ses décisions et qui se démarque du passé, dans lequel on pourrait craindre, avec l’idée que la littérature est élitiste.Mohamed Mbougar Sarr peut être un exemple avec ce prix, un moteur pour eux les écrivains en herbe Il faut profiter de cet événement pour mettre en avant les talents.Je suis ravi qu’on parle de ce qui est habituellement très rare dans les médias sénégalais Je fais du tapage, du bruit pour ce livre, même ceux qui ne sont pas vraiment intéressés, répondent. C’est positif car cela stimule la découverte. J’en ai beaucoup parlé autour de moi afin de rendre le roman visible, de le faire connaître. Il y a eu beaucoup de mouvement autour de ce livre car il était impossible de ne pas dire au monde de le lire ! On met très peu l’accent sur notre culture, nos artistes, nous ne donnons pas assez d’espace à la culture en Afrique, surtout au Sénégal. On est dans le flou, mais à un moment on y arrivera !

L’accès à l’édition sur le continent et surtout au Sénégal reste difficile, ce qui décourage de nombreux auteurs, même si le potentiel est là. Espérons qu’un changement aura lieu avec cette distinction. Nous sommes à un tournant de la littérature. Le fait que le roman soit une coédition d’un éditeur français et sénégalais est aussi un signal. C’est une symbiose importante qui allie force et créativité. Il devrait y avoir plus d’initiatives dans ce sens. « 

Fary Ndao, économiste, auteur de L’Or noir du Sénégal, co-auteur de l’ouvrage collectif Politize Yourself ! (2017), auquel Mohamed Mbougar Sarr a également participé :  » C’est un écrivain total : il est abondant C’est avant tout un styliste parce que c’est quelqu’un qui aime le langage et les mots. Ce n’est pas quelqu’un de facile à lire d’ailleurs. C’est aussi un narrateur accompli qui a la science de l’histoire et du conte. Après tout, c’est quelqu’un qui a de la substance : il a une forme d’érudition, c’est un homme de culture, il saupoudre ses ouvrages de nombreuses références, il distille de nombreux éléments historiques, c’est aussi un lecteur avide. C’est un grand écrivain. Je pense qu’il a développé dans ses œuvres, il a fait un saut avec ce roman : il est passé à un autre niveau comme ce qu’il est. « 

Mohamed Ndiaye, 30 ans :  » C’est très fier de voir un Sénégalais remporter ce prix prestigieux. C’est quelque chose de formidable qui se passe en ce moment. C’est aussi une motivation pour les Afro qui vivent dans un pays qui n’est pas le vôtre, dans un climat social qui n’est pas forcément en notre faveur, voir réussir une personne de notre origine. Cela donne de l’espoir et rend fier. Le roman est écrit dans une langue qui n’est pas sa langue d’origine soit, et c’est important, car il y a souvent l’idée fausse qu’on ne sera pas assez bon dans une autre langue que notre langue maternelle.. Cela prouve le contraire. Je ne m’intéresse pas vraiment à la littérature, mais pour soutenir l’auteur et parce que J’ai eu tellement de retours positifs, je viens d’acheter le livre et j’ai hâte de le lire ! »

Oumy Regina Sambou, journaliste, présidente de l’association de presse culturelle Seneg al : « Beaucoup d’auteurs sénégalais publient à l’étranger car c’est difficile ici : Malheureusement il n’y a que quelques gros éditeurs, c’est cher et la qualité n’est pas toujours au rendez-vous ». Il est également plus difficile de faire voyager des livres sur les salons internationaux et ainsi de pouvoir concurrencer les autres livres. Au Sénégal il n’y a ni prix ni concours littéraire, et cela fait cruellement défaut. A cela s’ajoute la faible présence médiatique des auteurs, les médias locaux ne s’intéressant pas à eux. Les succès sont donc pour la plupart confidentiels, puisqu’il n’y a pas de promotion, et limités au cercle élitiste de la littérature.

Mais une nouvelle vague de jeunes écrivains comme Elgas, Khalil Diallo et consorts est remarquée. Contrairement à certains de leurs aînés, les nouveaux auteurs écrivent beaucoup par pur plaisir, ils ont soif d’échange, de discussion. Ils sont très solidaires l’un de l’autre. Ils montrent que pour eux l’essentiel est de s’adonner à leur passion. Et vous le remarquez lorsque vous lisez son livre. Les réseaux sociaux permettent d’élargir la diffusion des œuvres : certains organisent leur propre publicité, d’autres des mini-cafés littéraires… rien de tout cela n’existait auparavant. Il permet de mieux faire connaître les écrivains, parfois même au-delà de leurs frontières.

Mohamed Massal Gueye, étudiant : « Ce prix ne m’étonne pas ! Il a une excellente plume et toutes les qualités d’un bon écrivain. C’est avec une grande fierté qu’un jeune homme de 31 ans, africain, sénégalais, remporte cette compétition avec une compétition aussi féroce. Il a donné toute sa force et a montré son talent. Je suis convaincu de son style d’écriture, qui me permet de me mettre facilement à la place du narrateur. Je veux lire tous ses autres livres maintenant !

Felwine Sarr, auteur, économiste, universitaire et co-fondateur de Jimssan Verlag : « Cela montrera qu’un petit éditeur qui ne publie pas beaucoup de livres mais choisit soigneusement ses auteurs et soutient, l’auteur peut aider, le prix le plus important de la littérature française. Je pense qu’il y a beaucoup de jeunes qui écrivent sur le continent qui s’identifient à Mbougar […]. Ils peuvent penser que rien ne leur est interdit s’ils sont talentueux lorsqu’ils sont au travail. Il est important que cela ouvre l’espace de la littérature française de la manière la plus précieuse et la plus agréable, et que cela ne se limite pas à la production en France. « 

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… Que le Sénégal soit fier de l’attribution du Goncourt à l’un des leurs ! Et c’est bien dommage que, comme le dit un internaute, il soit « à la pointe » car il ouvre la porte à une appréciation accrue, à la fois positivement et négativement… Alors, lisons ce livre et souvenons-nous aussi – et surtout tout – qu’il était déjà en rupture de stock avant que le Goncourt ne tombe sur la tête de Mohamed Sarr et que les connaisseurs avaient déjà découvert cet auteur, qui a répondu à toutes les demandes depuis hier soir avec beaucoup de simplicité et de convivialité. En revanche, il est également positif que ce soit un petit éditeur – plutôt que les grands éditeurs habituels – qui bénéficiera de l’impact de cette nomination.

La simple présence d’un Africain parmi les ancêtres annonçait sa victoire. C’est dans le vent de l’histoire du moment. Il m’est arrivé de lire Goncourt, mais depuis « Les bienveillantes » je dois avouer que j’ai moins envie. De plus, trop est mis en scène à ce prix, ce qui le dévalorise. En revanche, je suis content pour Nothomb, qui a enfin capturé le symbole indien.

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