En pleine explosion à Saint-Etienne, Yvan Neyou raconte son histoire [INTERVIEW]

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Yvan Neyou, le dévoilement de la saison pour l’AS Saint-Etienne (Ligue 1 française), est la nouvelle pépite d’or du football camerounais. Dans un entretien avec nos confrères de parlonssports.fr, le milieu de terrain évoque son parcours et ses ambitions avec la sélection camerounaise. Entrevue

Dans quel contexte le petit Yvan a-t-il découvert le football?

J’ai découvert le football quand j’étais en cinquième année. C’est un peu plus tard que tous mes amis car ma mère ne voulait pas que je rejoigne un club quand j’étais plus jeune. J’ai beaucoup joué dans la cour de récréation et mes amis n’arrêtaient pas de me dire « Yvan, tu es bon au football ». J’ai violemment insisté pour jouer encore plus.

Avez-vous toujours envisagé de devenir footballeur professionnel?

Pour être honnête, je l’ai imaginé très tard. Quand je suis arrivé à Clairefontaine, je me suis dit que c’était possible. Je n’ai pas vraiment de rêve, je vis généralement au jour le jour. Quand j’étais jeune, je voulais que ma mère me laisse jouer au football.

Votre route vers la pelouse de Geoffroy-Guichard n’a pas été une rivière longue et calme. Vous avez traversé Auxerre, Sedan, Laval notamment … Avez-vous toujours cru en vous?

Oui, et je pense que c’est une qualité. J’ai toujours cru en moi, cela découle de mon caractère. Dans ma famille, nous sommes comme ça. Nous n’aimons pas nous plaindre. Lorsque nous commençons constamment à nous plaindre, le temps passe et nous ne faisons rien. Il faut toujours se dire que demain sera meilleur.

Votre famille a-t-elle joué un rôle important dans votre voyage?

Je pense que oui. J’ai toujours été très proche de ma mère, de mes frères et de mes oncles. Ils ont aussi joué au football dans les clubs de ma ville et j’y suis allé beaucoup. J’étais fier de les encourager.

Nous imaginons que ce sont eux qui sont fiers de vous maintenant …

Ils le sont et ils me font souvent comprendre. Quand on se voit, on parle de football. Il m’arrive souvent d’en parler à ma grand-mère, d’appeler les prochains matchs ou ceux qui ont déjà été joués. Elle est fan de football.

Avez-vous déjà pensé à tout arrêter?

Cela m’est déjà venu à l’esprit, oui. Quand cela s’est produit, j’ai essayé de mettre les choses en perspective. Je me suis dit qu’il y avait bien pire dans la vie. C’est juste du football.

Vous quittez la France pour le Portugal, pourquoi ce choix?

Je pensais quand j’étais à Laval que beaucoup de gens dans le monde du football me connaissaient, mais personne ne voulait de moi. Après, quand ça a cessé d’aller à Braga, j’ai voulu rentrer en France dans ma tête. Je voulais jouer juste pour jouer. Quand j’avais 23 ans, j’avais rarement fait une saison de plus de 25 matchs.

Vous jouiez avec la réserve de Braga lorsque l’AS Saint-Etienne vous a appelé, quel était votre ressenti?

Pour être honnête, j’étais à la fois heureux et inquiet. J’avais «mes fesses entre deux chaises», comme on dit. J’ai eu plusieurs fois des opportunités qui ne se sont jamais produites. Je me suis dit que la porte pouvait se fermer rapidement. J’ai donc attendu le moment du dessin pour vraiment y croire. Un mois et demi s’est écoulé entre le moment où le coach m’a dit qu’il voulait me recruter et le moment où j’ai signé. Cela fait longtemps et j’ai parfois des doutes. Braga ne voulait pas me laisser partir, mais je voulais absolument passer à autre chose.

Vous arrivez assez discrètement à l’ASSE, qui s’apprête à disputer la finale de la Coupe de France face au PSG. Dites-nous le 24 juillet 2020?

(Rires) J’ai souvent l’impression que les gens s’en souviennent! Pour tout expliquer, j’ai quitté ma chambre d’hôtel lorsque le groupe l’a annoncé. Je me suis dit que si je n’y étais pas, j’aurais quand même travaillé dur pour y être. J’étais donc contente de voir mon nom, j’ai appelé ma famille pour leur dire. Ils m’ont dit « Yvan, c’est très bien, se tenir debout dans les gradins est fou, il ne faut pas abandonner ». Si vous avez une chance dans la vie, vous devriez en profiter et passer à autre chose. Je vois alors que j’ai une vingtaine d’années, je savais alors que j’étais au moins sur le canapé. J’ai parcouru un long chemin pour y arriver. Il y a quelques mois, lors de la première incarcération, j’ai arrêté de jouer au football du tout. Donc, quand je disputais une finale de Coupe de France, je ne pouvais pas demander mieux.

Repos contre le PSG et retour remarquable, que s’est-il passé personnellement de ce match?

Je pense avoir pleinement profité de cette opportunité. J’ai toujours rêvé de vivre des moments comme celui-ci dans ma vie de footballeur. J’ai tout donné et j’ai profité au maximum du moment. J’ai joué sans inhibition.

Vous avez changé de dimension depuis votre arrivée, comment voyez-vous ces neuf premiers mois à Saint-Etienne?

Je suis très heureux d’être à Saint-Etienne. Le club m’a donné beaucoup, peut-être plus qu’aucun autre club au monde n’aurait pu me donner. Mais ce qui me laisse un goût amer et ce que j’aimerais surtout vivre ici, ce sont les supporters. Avant mon arrivée, je connaissais l’ASSE principalement du public.

D’accord, vous n’avez jamais joué dans un Geoffroy-Guichard complet, quelles relations entretenez-vous avec le public, les supporters et les Stéphanois?

Je ne peux pas tout à fait comprendre pour le moment. Parfois, les gens me reconnaissent dans la rue, ils disent: «Neyou, ce que tu fais est génial». On me demande souvent des photos en ville ou dans les centres commerciaux. Et puis je reçois beaucoup de messages sur les réseaux sociaux. Parfois, les internautes m’envoient « je t’aime ». Eh bien, je réponds « je t’aime aussi ». Cela montre à quel point ils me font confiance et je ne sais pas comment les remercier.

Quand je vous parle du 16 décembre 2020, qu’est-ce que cela vous inspire? (premier but en vert contre Bordeaux)

Il est vrai que ce moment m’a marqué. Mais en fait, j’étais très heureux de gagner ce jour-là. Nous travaillions bien depuis quelques semaines sans être récompensés pour nos efforts. Rétrospectivement, l’objectif est bien sûr une sensation sans précédent, mais je me souviens surtout du succès de l’équipe.

Vos performances vous ont beaucoup rapproché de l’équipe camerounaise, qu’est-ce que cela signifie pour vous?

C’est très important pour moi. Représenter la nation, c’est aussi représenter ma famille. Je sais maintenant que je dois adopter une nouvelle image. Cela me donne de la force.

Pensez-vous que ce soit une rémunération équitable compte tenu de votre carrière?

Je dois ce rêve au fait que je ne le lâcherai jamais. Je ne suis pas le plus grand des travailleurs acharnés, mais je travaille beaucoup pour y arriver. Je me considère chanceux. J’ai été récompensé pour mes efforts.

Que diriez-vous aux jeunes qui rêvent d’un parcours identique au vôtre?

Il faut absolument croire en soi. Ne lâchez pas, bien sûr, mais faites également attention aux critiques et ne mettez en évidence que le positif. La vérité d’aujourd’hui n’est pas celle de demain. Si vous voulez réussir, vous devez vous responsabiliser.

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